1 ROIS

02/01/2014 13:30
 

 

1 ROIS

 

561-538 AVANT J.C. ANONYME

 

 

Les premier et second livres des Rois

       Cette introduction concerne les premier et second livres des Rois.

Titre

       Intitulés « les Rois » en hébreu, d’après le premier mot de 1:1, les deux livres des Rois ne formaient à l’origine qu’un seul et même volume. C’est la traduction grecque des Septante qui a séparé le texte en deux parties. Cette division, suivie par la Vulgate (version latine de la Bible) et par les versions modernes, reposait sur des considérations pratiques et non sur le contenu. En effet, il était plus facile, ainsi, de copier cet ouvrage volumineux sur des rouleaux. Les Bibles hébraïques modernes ont intitulé les deux livres « Rois A » et « Rois B ». Quant à la version des Septante et à la Vulgate, elles les ont rattachés à ceux de Samuel, de sorte qu’ils s’y intitulent respectivement « troisième et quatrième livres des Règnes » et « troisième et quatrième livres des Rois ». Ensemble, les livres de Samuel et des Rois relatent toute l’histoire de la monarchie en Juda et en Israël, de Saül à Sédécias. De leur côté, les deux livres des Chroniques ne s’intéressent qu’à l’histoire de Juda.

Auteur et date

       Il est improbable que Jérémie soit l’auteur des livres des Rois, comme l’a pourtant suggéré la tradition rabbinique. En effet, le dernier événement qui y est relaté (voir #2R 25:27-30) a pour cadre Babylone, en 561 av. J.-C. Or Jérémie ne s’est pas rendu à Babylone, mais en Egypte (#Jér 43:1-7), et il aurait été âgé d’au moins 86 ans à cette date-là. En fait, l’identité de l’auteur n’a jamais été dévoilée. Toutefois, étant donné l’importance accordée au ministère prophétique dans le texte, il s’agissait vraisemblablement d’un prophète anonyme de l’Eternel en exil à Babylone.

     Les livres des Rois ont dû être composés entre 561 et 538 av. J.-C. La première date, celle avant laquelle ils n’ont pu être achevés, est déterminée par le dernier événement qui y est rapporté (#2R 25:27-30). En outre, comme la fin de la captivité babylonienne n’y est pas mentionnée, l’édit libérateur de 538 av. J.-C. marque l’ultime délai de rédaction. Ces dates sont parfois remises en question à cause de la présence de l’expression « jusqu’à ce jour » en #1R 8:8 ; #1R 9:13, #1R 9:21 ; #1R 10:12 ; #1R 12:19 ; #2R 2:22 ; #2R 8:22 ; #2R 10:27 ; #2R 14:7 ; #2R 16:6 ; #2R 17:23, #2R 17:34, #2R 17:41 ; #2R 21:15. Cependant, il est préférable de considérer qu’elle est due aux sources utilisées plutôt qu’au rédacteur lui-même.

       Il est manifeste que l’auteur a rédigé son texte en puisant dans divers écrits tels que « le livre des actes de Salomon » (#1R 11:41), « le livre des Chroniques des rois d’Israël » (#1R 14:19 ; #1R 15:31 ; #1R 16:5, #1R 16:14, #1R 16:20, #1R 16:27 ; #1R 22:39 ; #2R 1:18 ; #2R 10:34 ; #2R 13:8, #2R 13:12 ; #2R 14:15, #2R 14:28 ; #2R 15:11, #2R 15:15, #2R 15:21, #2R 15:26, #2R 15:31) et « le livre des Chroniques des rois de Juda » (#1R 14:29 ; #1R 15:7, #1R 15:23 ; #1R 22:46 ; #2R 8:23 ; #2R 12:19 ; #2R 14:18 ; #2R 15:6, #2R 15:36 ; #2R 16:19 ; #2R 20:20 ; #2R 21:17, #2R 21:25 ; #2R 23:28 ; #2R 24:5). Plus loin dans la Bible, #Esa 36:1-39:8 fournit des informations qui apparaissent dans #2R 18:9-20:19, tandis que #Jér 52:31-34 semble être la source de #2R 25:27-29. Ces parallèles permettent d’avancer qu’il y a un seul et même auteur, inspiré par Dieu, qui a vécu à Babylone pendant l’exil et s’est servi des sources préexiliques à sa disposition.

Contexte et arrière-plan

       Il convient de distinguer le contexte des ouvrages qui ont servi de sources de celui des Rois. Les premiers ont été composés par des témoins oculaires qui ont pris part aux événements relatés. Leurs récits sont donc fiables et fournissent des données historiques précises sur les Israélites, de la mort de David et l’accession au trône de Salomon (971 av. J.-C.) à la destruction du temple et de Jérusalem par les Babyloniens (586 av. J.-C.). Sur cette base, les livres des Rois retracent en parallèle l’histoire de deux lignées royales et de deux nations rebelles, Israël et Juda, qui, du fait de leur indifférence grandissante à la loi de Dieu et à ses prophètes, se dirigeaient tout droit vers la déportation.

     Les Rois ne se contentent pas de livrer un récit historique exact: ils interprètent aussi cette histoire. Vivant à Babylone, l’auteur désirait transmettre à ses compagnons d’exil les enseignements à tirer de l’histoire. Il chercha en particulier à exposer à la communauté juive les raisons pour lesquelles l’Eternel avait dû juger son peuple en l’exilant. Dès le début, il souligna donc que Dieu avait présenté l’obéissance des rois à la loi mosaïque comme une condition pour que le royaume jouisse de ses bénédictions et avait averti qu’un comportement désobéissant déboucherait sur leur déportation (#1R 9:3-9). Cela n’avait pas empêché la triste réalité historique: tous les rois d’Israël et la majorité de ceux de Juda avaient fait « ce qui est mal aux yeux de l’Eternel ». Ils s’étaient comportés en apostats et avaient poussé le peuple à pécher en ne combattant pas l’idolâtrie, pire même, en l’approuvant. En raison de ces manquements, l’Eternel avait envoyé ses prophètes pour confronter à la fois les monarques et le peuple à leur péché et à la nécessité de revenir à lui. Cependant, leur message avait été rejeté, et les prophètes avaient alors annoncé le départ des deux nations en exil (#2R 17:13-23 ; #2R 21:10-15). A l’instar des autres prophéties contenues dans ces livres, cet oracle divin s’était accompli (#2R 17:5-6 ; #2R 25:1-11), et cela avait amené l’auteur des Rois à méditer sur l’épreuve de l’exil dont les Israélites faisaient l’expérience. Il voulait aider ses compatriotes à comprendre pourquoi ils avaient subi le châtiment promis par l’Eternel contre l’idolâtrie. Il voulait aussi leur montrer que le Dieu qui avait fait preuve de miséricorde envers Achab (#1R 21:27-29) et Jojakin (#2R 25:27-30) souhaitait adopter la même attitude envers eux.

       D’un point de vue géographique, les événements des livres des Rois ont pour cadre principal le territoire d’Israël, depuis Dan jusqu’à Beer-Schéba en passant par la Transjordanie (#1R 4:25). Quatre peuples envahisseurs jouèrent un rôle important dans l’histoire d’Israël et de Juda, de 971 à 561 av. J.-C.

1° Au Xe siècle av. J.-C., pendant les règnes de Salomon et de Roboam, ce fut d’abord l’Egypte qui fut la puissance dominante (#1R 3:1 ; #1R 11:14-22, #1R 11:40 ; #1R 12:2 ; #1R 14:25-27).

2° Au cours du IXe siècle, vers 890-800 av. J.-C., la Syrie (Aram) menaça à son tour dangereusement la sécurité d’Israël (#1R 15:9-22 ; #1R 20:1-34 ; #1R 22:1-4, #1R 22:29-40 ; #2R 6:8-7:20 ; #2R 8:7-15 ; #2R 10:32-33 ; #2R 12:17-18 ; #2R 13:22-25).

3° La période comprise entre 800 et 750 av. J.-C. correspondit à un demi-siècle de paix et de prospérité pour Israël et Juda, car l’Assyrie avait neutralisé la Syrie et ne se préoccupait pas de ses voisins du sud. Mais un changement intervint sous le règne de Tiglath-Piléser III (#2R 15:19-20, #2R 15:29), et du milieu du VIIIe siècle jusqu’à la fin du VIIe siècle, l’Assyrie répandit la terreur dans toute la région. Finalement, elle parvint à conquérir et à détruire Israël (le royaume du nord) en 722 av. J.-C. (#2R 17:4-6). Elle assiégea même Jérusalem en 701 av. J.-C. (#2R 18:17-19:37).

4° De 612 à 539 av. J.-C., ce fut au tour de Babylone de dominer le monde antique. Ses troupes envahirent Juda (le royaume du sud) à trois reprises, et elles détruisirent Jérusalem et son temple lors de leur troisième assaut, en 586 av. J.-C. (#2R 24:1-25:21).

Thèmes historiques et théologiques

Les livres des Rois sont donc consacrés à l’histoire des Israélites de 971 à 561 av. J.-C.

1° Une première section (#1R 1:1-11:43) décrit l’intronisation et le règne de Salomon (av. J.-C.).

2° L’histoire des royaumes de Juda et d’Israël après le schisme (av. J.-C.) est couverte par la section qui va de #1R 12:1 à #2R 17:41. La construction narrative qui y prévaut permet d’aborder à la fois les rois du nord et du sud, avec une structure littéraire identique pour chaque règne. Tout d’abord, une introduction précise a) le nom du roi et ses liens avec son prédécesseur, b) le moment de son accession au trône par rapport au règne de son homologue du nord ou du sud, c) l’âge auquel il est monté sur le trône (pour les rois de Juda seulement), d) la durée de son règne, e) le lieu d’exercice de son autorité, f) le nom de sa mère (pour Juda seulement) et g) l’évaluation spirituelle que l’on peut faire de son règne. Cette introduction est suivie d’une description des événements survenus au cours du règne, description plus ou moins détaillée selon les cas. Chaque récit se termine par a) une citation des sources, b) des notes historiques supplémentaires, c) la mention de la mort du roi, d) la description de son ensevelissement, e) le nom de son successeur et, dans certains cas, f) un post-scriptum (p. ex. #1R 15:32 ; #2R 10:36).

3° La période où il ne resta que le royaume de Juda (av. J.-C.) est décrite en #2R 18:1-25:21.

 4° Les deux paragraphes conclusifs relatent des événements postérieurs à la déportation à Babylone (#2R 25:22-26, #2R 25:27-30).

Trois thèmes théologiques apparaissent dans les livres des Rois.

1° Le Seigneur a jugé Israël et Juda pour leur désobéissance à sa loi (#2R 17:7-23). Cette infidélité du peuple était aggravée par l’apostasie des rois impies qui entraînaient leurs sujets dans l’idolâtrie (#2R 17:21-22 ; #2R 21:11). La colère de Dieu s’est alors abattue en toute justice sur son peuple rebelle.

2° Les prophéties des prophètes authentiques se sont accomplies (#1R 13:2-3 ; #1R 22:15-28 ; #2R 23:16 ; #2R 24:2), confirmant la fidélité de Dieu à sa parole, y compris à ses annonces de jugement.

3° L’Eternel s’est souvenu de la promesse qu’il avait faite à David (#1R 11:12-13, #1R 11:34-36 ; #1R 15:4 ; #2R 8:19): malgré la désobéissance des rois issus de lui, il n’a pas détruit sa dynastie, contrairement au sort réservé aux familles de Jéroboam Ier, d’Omri et de Jéhu en Israël. A la fin des Rois, la descendance de David est encore présente (#2R 25:27-30). L’espoir subsiste donc de voir surgir la « postérité » promise (voir #2S 7:12-16). Ainsi, le Seigneur est présenté comme fidèle, et sa parole comme digne de confiance.

Questions d’interprétation

       C’est la chronologie des rois d’Israël et de Juda qui soulève les plus grandes difficultés en matière d’interprétation. Les livres des Rois contiennent de nombreuses données chronologiques qui sont difficiles à interpréter pour deux raisons.

1° Tout d’abord, il semble y avoir une certaine incohérence interne dans les informations fournies. Par exemple, #1R 16:23 affirme qu’Omri commence à régner sur Israël à partir de la 31e année du règne d’Asa sur Juda, et qu’il règne 12 ans. Cependant, selon #1R 16:29, Achab succède à son père Omri lors de la 38e année du règne d’Asa, ce qui signifie qu’Omri n’aurait régné que 7 ans, et non pas 12 (voir la solution à ce problème dans la note sur #1R 16:23).

2° Les sources extrabibliques (grecques, assyriennes et babyloniennes), mises en corrélation avec les données astronomiques, permettent de préciser toute une série de dates de 892 à 566 av. J.-C. Etant donné les mentions probables d’Achab et de Jéhu, rois d’Israël, dans les annales assyriennes, il est possible de dater l’année de la mort d’Achab de 853 av. J.-C. et celle du début du règne de Jéhu de 841 av. J.-C. Partant de là, il est possible d’établir que le schisme entre Israël et Juda intervint vers 931 av. J.-C., la chute de Samarie en 722 av. J.-C. et celle de Jérusalem en 586 av. J.-C. Cependant, lorsqu’on additionne toutes les années de règne des livres des Rois, leur total s’élève, pour Israël, à 241 ans (au lieu des 210 ans qui séparent 931 av. J.-C. de 722 av. J.-C.) et, pour Juda, à 393 ans (au lieu des 346 ans qui séparent 931 av. J.-C. de 586 av. J.-C.). Néanmoins, on admet qu’il y eut, dans les deux royaumes, des périodes de corégence où deux rois, généralement le père et le fils, exerçaient ensemble le pouvoir. Ces années sont comptées à double, puisqu’elles sont attribuées à chacun des rois concernés. A cela s’ajoutent le recours à des méthodes différentes pour calculer la durée de règne des divers souverains et l’emploi de calendriers différents à divers moments dans les deux royaumes. Tous ces facteurs expliquent la présence de ce qui ressemble à des incohérences internes. Néanmoins, l’exactitude générale de la chronologie des livres des Rois peut être démontrée et confirmée.

       Le rapport entre Salomon et les alliances davidique et abrahamique pose la seconde grande question d’interprétation.

1° D’après certains, #1R 4:20-21 signalerait l’accomplissement des promesses faites à Abraham (cf. #Ge 15:18-21 ; #Ge 22:17). Cependant, selon #No 34:6, la frontière ouest du territoire promis au patriarche devait être constituée par la mer Méditerranée. Or, dans #1R 5:1ss, Hiram est présenté comme le roi indépendant de Tyr (le long de la Méditerranée), puisqu’il traite le roi d’Israël comme son égal. Même si sa sphère d’influence comprenait une bonne partie du territoire promis à Abraham, le royaume de Salomon n’accomplissait donc pas la promesse relative au pays.

2° Dans #1R 5:5 et #1R 8:20 figurent des déclarations de Salomon lui-même dans lesquelles il se présente comme la postérité promise dans l’alliance davidique (cf. #2S 7:12-16). L’auteur des Rois n’exclut certes pas la possibilité que le temple érigé par ce roi représente l’accomplissement de la promesse de l’Eternel à David, mais les conditions nécessaires à cet accomplissement sont répétées (#1R 6:12), et il apparaît clairement que Salomon ne les remplissait pas (#1R 11:9-13). En fait, aucun des rois de la dynastie davidique n’a fait preuve de la parfaite obéissance qui devait caractériser la « postérité » promise.

       Ainsi donc, d’après les livres des Rois, les alliances abrahamique et davidique n’avaient pas encore trouvé leur accomplissement. Cela laissait tout loisir aux prophètes postérieurs (Esaïe, Jérémie, Ezéchiel et les douze petits prophètes) d’orienter les regards d’Israël vers l’avenir et vers l’espoir de la venue du Messie, celui qui accomplirait toutes les alliances (voir #Esa 9:5-6).

Plan

       Puisque la division entre 1 et 2 Rois intervient, de façon totalement arbitraire, au milieu du récit relatif au règne d’Achazia sur Israël, le plan qui suit couvre les deux livres.

 

Plan

I. Le royaume unifié: le règne de Salomon (1 R 1:1-11:43)

A. Ascension de Salomon (1 R 1:1-2:46)

B. Sagesse et richesse de Salomon à leur début (1 R 3:1-4:34)

C. Préparatifs pour la construction du temple (1 R 5:1-18)

D. Construction du temple et du palais de Salomon (1 R 6:1-9:9)

E. Nouvelles constructions (1 R 9:10-28)

F. Sagesse et richesse de Salomon à leur sommet (1 R 10:1-29)

G. Déclin de Salomon (1 R 11:1-43)

II. Le royaume divisé: les rois d’Israël et de Juda (1 R 12:1-2 R 17:41)

A. Montée de l’idolâtrie: Jéroboam Ier et Roboam (1 R 12:1-14:31)

B. Succession des rois de Juda et d’Israël (1 R 15:1-16:22)

C. La dynastie d’Omri et son influence (1 R 16:23-2 R 13:25)

1. Introduction du culte de Baal (1 R 16:23-34)

2. Opposition d’Elie au culte de Baal (1 R 17:1-2 R 1:18)

3. Impact du ministère d’Elisée (2 R 2:1-9:13)

4. Renversement du culte de Baal en Israël (2 R 9:14-10:36)

5. Renversement du culte de Baal en Juda (2 R 11:1-12:21)

6. Mort d’Elisée (2 R 13:1-25)

D. Succession des rois de Juda et d’Israël (2 R 14:1-15:38)

E. Exil d’Israël en Assyrie (2 R 16:1-17:41)

III. Le royaume rescapé: les rois de Juda (2 R 18:1-25:21)

A. Bon règne d’Ezéchias (2 R 18:1-20:21)

B. Mauvais règnes de Manassé et d’Amon (2 R 21:1-26)

C. Bon règne de Josias (2 R 22:1-23:30)

D. Exil de Juda à Babylone (2 R 23:31-25:21)

 

IV. Epilogue (2 R 25:22-30)

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