ESTHER

02/01/2014 13:34
 

 

ESTHER

 

450-331 AVANT J.C. ANONYME

 

Le livre de la reine

Esther

       Le titre « Esther » a traversé les siècles sans aucune variation. Avec le livre de Ruth, c’est le seul ouvrage de l’Ancien Testament qui porte le nom d’une femme. Le Nouveau Testament, qui ne fait jamais allusion au Cantique des cantiques ni aux oracles d’Abdias et de Nahum, ne renvoie pas non plus à ce livre-ci.

       « Hadassa » (#Est 2:7), littéralement « myrte », était le nom hébreu d’Esther. Quant au nom Esther, il peut venir soit du mot perse pour « étoile », soit du nom de la déesse babylonienne de l’amour, Ishtar. Quoi qu’il en soit, c’était une jeune orpheline, fille du défunt Abichaïl. Elle avait grandi en Perse chez Mardochée, un cousin plus âgé qu’elle, qui l’avait élevée comme si elle était sa propre fille (#Est 2:7, #Est 2:15).

 

Auteur et date

       Le texte est anonyme, mais certains estiment que son auteur pourrait être Mardochée, Esdras ou encore Néhémie. Quoi qu’il en soit, c’était un homme parfaitement au courant des coutumes, de l’étiquette et de l’histoire de l’Empire perse, qui devait aussi être un familier du palais royal de Suse (#Est 1:5-7). Ses écrits témoignent par ailleurs d’une connaissance approfondie du calendrier hébreu et des coutumes juives, et ils révèlent un fort sentiment nationaliste juif. Il est donc probable que l’auteur soit un Juif de Perse, revenu plus tard en Israël.

       Le livre d’Esther est le dix-septième et dernier ouvrage historique de l’Ancien Testament. Seuls les chapitres 1 à 7 d’Esdras et les livres de Néhémie et de Malachie rapportent des événements ultérieurs. Le dernier rapporté par ce livre date de 473 av. J.-C., avant l’assassinat d’Assuérus (vers 465 av. J.-C.). Le texte a pu être rédigé dès le milieu du Ve siècle av. J.-C., puisque le verset 10:2 semble indiquer que le règne d’Assuérus était terminé au moment de la rédaction, mais très probablement avant 331 av. J.-C., année de la victoire grecque sur les Perses.

 

Contexte et arrière-plan

       Le livre d’Esther relate des événements survenus pendant la domination perse sur le monde antique, entre 539 (#Da 5:30-31) et 331 av. J.-C. (#Da 8:1-27). Assuérus régna de 486 à 465 av. J.-C. environ. Ce livre couvre toute une partie de son règne, les années 483 à 473 av. J.-C. Le nom Assuérus est la transcription française de l’hébreu « Achaschuérosch », lui-même transcription du nom perse « Khshayarsha », tandis que « Xerxès » était son nom grec.

       L’histoire relatée dans le livre d’Esther se déroula entre le premier retour des Juifs à Jérusalem, sous l’égide de Zorobabel, après les 70 années de captivité à Babylone (#Da 9:1-19), vers 538 av. J.-C. (#Esd 1:1-6:2), et avant la deuxième série de retours dirigée par Esdras, vers 458 av. J.-C (#Esd 7:1-10:2). Plus tard encore (vers 445 av. J.-C.), Néhémie entreprendrait son voyage (la troisième série de retours) de Suse à Jérusalem (#Né 1:1-2:2).

       Comme l’Exode, le livre d’Esther rapporte comment des puissances étrangères mirent tout en œuvre pour éliminer le peuple juif. Comme lui, il témoigne aussi de la façon souveraine dont Dieu préserva son peuple, conformément à l’alliance qu’il avait conclue avec Abraham entre 2100 et 2075 av. J.-C. (#Ge 12:1-3 ; #Ge 17:1-8). Le chapitre 9 d’Esther décrit l’institution de la fête des Purim en souvenir de la victoire de Dieu sur ses ennemis. Cette nouvelle fête annuelle, célébrée le douzième mois (février-mars), devait rappeler la survie du peuple juif. C’est l’une des deux seules fêtes non prescrites par la loi de Moïse (Hanukkah, la fête de la Dédicace ou des lumières, est la seconde, cf. #Jn 10:22).

 

Thèmes historiques et théologiques

       Les 167 versets du livre d’Esther ont tous été acceptés comme canoniques, même si l’absence du nom de Dieu a incité certains à remettre en cause, sans nécessité aucune, l’authenticité de l’ouvrage. La version des Septante a ajouté 107 versets apocryphes pour compenser cette absence. Esther figure parmi les Megilloth, ou « cinq rouleaux », avec le Cantique des cantiques, Ruth, l’Ecclésiaste et les Lamentations. Il s’agit de textes que les rabbins lisent dans la synagogue au cours de cinq occasions particulières de l’année, celui d’Esther étant lu lors de la fête des Purim (cf. #Est 9:20-32).

       L’origine historique du conflit entre Mardochée (issu de la tribu de Benjamin, 2:5) et Haman (issu d’Agag, 3:1, 10; 8:3, 5; 9:24) remontait à près de mille ans. En effet, lors de leur sortie d’Égypte (vers 1445 av. J.-C.), les Juifs avaient été attaqués par les Amalécites (#Ex 17:8-16), peuple issu d’Amalek, un petit-fils d’Esaü (#Ge 36:12). Dieu avait alors maudit les Amalécites, les livrant à l’extermination totale (#Ex 17: 14 ; #De 25:17-19). Bien que Saül (vers 1030 av. J.-C.) ait reçu l’ordre de les tuer tous, y compris leur roi Agag (#1S 15:2-3), il ne l’avait pas fait (#1S 15: 7-9) et avait provoqué ainsi le mécontentement de Dieu (#1S 15: 11, #1S 15: 26 ; #1S 28:18). C’était Samuel qui avait, finalement, mis Agag en pièces (#1S 15:32-33). En tant que descendant d’Agag, Haman nourrissait une vive animosité à l’égard des Juifs.

       Entre la mort d’Agag et le règne d’Esther, 550 ans s’étaient écoulés. En dépit de cette longue période, ni Haman l’Agaguite ni Mardochée le Benjamite n’avaient oublié le conflit qui avait opposé leurs deux peuples: il couvait au fond de leur cœur. Cela explique le refus de Mardochée de s’incliner devant Haman (#Est 3:2-3), de même que la tentative pernicieuse de ce dernier d’éliminer les Juifs (#Est 3:5-6, #Est 3:13). Bien évidemment, la promesse de Dieu d’exterminer les Amalécites (#Ex 17: 14 ; #De 25:17-19) et de préserver les Juifs (#Ge 17:1-8) prévalut sur ces mauvais desseins.

       En reconnaissance pour la fidélité de Dieu qui avait délivré son peuple, un décret fut promulgué, ordonnant que dans toutes les provinces et villes (#Est 9:27-28) la fête des Purim (d’après un mot akkadien signifiant « sort », #Ex 3:7 ; #Ex 9:26) soit célébrée par chaque génération et par chaque famille. Au cours de ces deux jours de fête, les Juifs devaient se livrer à des réjouissances, s’envoyer de la nourriture les uns aux autres et faire des dons aux pauvres (#Est 9:21-22). Esther ajouta ensuite la pratique du jeûne et des lamentations (#Est 9:31). La fête des Purim n’est plus jamais mentionnée dans la Bible, bien qu’elle ait été célébrée tout au long des siècles par le peuple d’Israël.

       Le livre d’Esther pourrait être comparé à un jeu d’échecs. Dieu et Satan (tous deux invisibles) déplacent d’authentiques rois, reines et nobles sur l’échiquier. Quand Satan place Haman au pouvoir, il semble prononcer: « Échec! » Dieu place ensuite Esther et Mardochée et conclut: « Échec et mat! » Depuis la chute de l’homme (#Ge 3:1-19), Satan a toujours essayé de rompre la relation spirituelle entre Dieu et ses créatures et d’empêcher la réalisation des promesses contenues dans son alliance avec Israël. Ainsi, dans la tribu de Juda, la lignée de Jésus-Christ a été exposée au massacre et réduite à Joas seul, qui a été mis à l’abri et sauvé (#2Ch 22:10-12). Plus tard, Hérode a massacré les enfants en bas âge de Bethléhem, pensant que Jésus était de leur nombre (#Mt 2:16). Ensuite, Satan a tenté Christ pour qu’il renie Dieu et l’adore, lui (#Mt 4:9), avant d’utiliser Pierre pour essayer de le retenir dans sa marche vers la croix (#Mt 16: 22). Finalement, il a pénétré dans le cœur de Judas pour qu’il livre son maître aux Juifs et aux Romains (#Lu 22:3-6). Si Dieu n’est pas mentionné dans le livre d’Esther, il est cependant présent à tout moment, s’opposant à Satan et réduisant à néant ses desseins diaboliques par ses interventions providentielles.

       Dans le livre d’Esther, toutes les promesses inconditionnelles des alliances abrahamique (#Ge 17:1-8) et davidique (#2S 7:8-16) sont mises en péril. Cependant, l’amour de Dieu pour Israël n’est jamais aussi manifeste que lorsqu’il sauve son peuple en le délivrant d’une destruction imminente. « Voici, il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël » (#Ps 121:4).

 

Questions d’interprétation

       Le fait que Dieu n’est jamais mentionné dans le livre d’Esther, tout comme dans le Cantique des cantiques, est l’un des points les plus fréquemment soulevés. Ni l’auteur ni aucun des protagonistes ne fait allusion à la loi de Dieu, au sacerdoce des Lévites, à l’adoration ou à la prière. Le sceptique peut se demander: « Pourquoi Dieu n’est-il jamais mentionné, alors qu’à 175 reprises il est fait allusion au roi perse? Si la souveraineté de Dieu l’emporte sur le mal, pourquoi ne reçoit-il pas la reconnaissance qui lui est due? »

       Il semble suffisant de répondre que, si Dieu avait voulu apparaître dans cet ouvrage, il aurait pu, dans sa souveraineté, inspirer l’auteur à faire mention de lui. En fait, cette question semble correspondre à une perspective purement humaine, car le livre d’Esther est une illustration classique de la providence divine, puissance invisible qui contrôle chaque événement dans un dessein bien précis. Même si aucun miracle n’est mentionné, la protection que l’Éternel accorde à Israël à travers le contrôle qu’il exerce sur chaque événement et sur chaque personne témoigne de son omniscience et de son omnipotence. Peu importe qu’il soit nommé ou pas: il est, de toute évidence, le personnage principal de cette histoire.

       La deuxième question soulevée est celle-ci: « Pourquoi la foi de Mardochée et d’Esther transparaît-elle si peu dans leur mode de vie? » Esther (#Est 2:6-20) ne semble pas manifester le même zèle pour la sainteté que Daniel (#Da 1:8-20); Mardochée ne révèle pas son héritage juif ni celui de sa cousine, au contraire de Daniel (#Da 6:5). Contrairement au livre d’Esdras (#Esd 7:10), la loi de Dieu n’est jamais évoquée, et le souci de Néhémie pour Jérusalem semble faire défaut à Esther et à Mardochée (#Né 1:1-2:5).

       Les observations qui suivent permettront d’éclairer la situation.

1° Ce petit livre ne relate pas tout. Il est possible que Mardochée et Esther aient possédé une foi plus grande que ce qu’il en révèle (cf. #Est 4:16).

2° Même Néhémie, cet homme si pieux, ne mentionne pas l’Éternel quand il s’adresse au roi Artaxerxès (#Né 2:1-8).

3° Les fêtes juives qui structuraient le culte israélite n’étaient plus célébrées depuis longtemps; c’était notamment le cas de la Pâque (#2R 23: 22) et de la fête des tabernacles (#Né 8:17).

4° Il est possible que la lettre adressée au roi Assuérus par les Samaritains, ennemis des Juifs, ait effrayé la population juive (vers 486 av. J.-C.; #Esd 4:6).

5° Les mauvais projets d’Haman n’ont pas soudainement surgi lorsque Mardochée a refusé de s’incliner devant lui. Il devait couver un climat général d’animosité, susceptible d’intimider la population juive.

6° Esther s’est identifiée à son héritage juif au moment le plus opportun (#Est 7:3-4).

       Il n’en reste pas moins qu’Esther et Mardochée ne semblent pas avoir manifesté la même consécration à l’Éternel que Daniel, et la question de savoir pourquoi demeure. La prière de Néhémie, prononcée plus tard (#Né 1:5-11, surtout le v. 7), semble indiquer qu’une certaine léthargie spirituelle régnait parmi les Juifs en exil à Suse. La question ne peut donc, en fin de compte, être résolue que par Dieu: lui seul connaît les cœurs.

 

Plan

I. Le remplacement de Vasthi par Esther (1:1-2:18)

A. Insubordination de Vasthi (1:1-22)

B. Couronnement d’Esther (2:1-18)

II. La défaite d’Haman devant Mardochée (2:19-7:10)

A. Acte de loyauté de Mardochée (2:19-23)

B. Promotion et décret d’Haman (3:1-15)

C. Intervention d’Esther (4:1-5:14)

D. Marque de reconnaissance envers Mardochée (6:1-13)

E. Chute d’Haman (6:14-7:10)

III. L’échec de la tentative de génocide contre Israël (8:1-10:3)

A. Plaidoyer d’Esther et Mardochée (8:1-17)

B. Victoire des Juifs (9:1-19)

C. Institution de la fête des Purim (9:20-32)

 

D. Importance de Mardochée (10:1-3)

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