JOUR 36 DE 130 : NOUVEAU TESTAMENT

17/09/2018 00:19

JOUR 36 DE 130 : NOUVEAU TESTAMENT

 

JEAN 3 ET 4

 

JEAN 3 * 1 à 36

1 ¶  Mais il y eut un homme d’entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs,

 

pharisiens. Les pharisiens étaient peu nombreux (environ 6000) et formaient une secte juive légaliste réputée pour son attachement rigide aux menus détails de la loi cérémonielle. Leur nom signifie « séparés ». Les rapports de Jésus avec les pharisiens furent généralement conflictuels. Il leur reprocha leur usage de la tradition humaine pour annuler l’Écriture (#Mt 15:3-9) et, par-dessus tout, leur hypocrisie flagrante (#Mt 15:7-8 ; #Mt 22: 18 ; #Mt 23: 13, #Mt 23: 23, #Mt 23: 25, #Mt 23: 29 ; #Lu 12: 1).

Le terme pharisien dérive probablement du verbe hébreu signifiant « séparer » et désigne donc ceux qui ont été « mis à part ». Ce n’étaient pas des séparatistes au sens d’isolationnistes, mais au sens où ils faisaient preuve d’un zèle hors du commun pour la pureté religieuse et rituelle définie par la loi mosaïque ainsi que pour leurs propres traditions, qu’ils ajoutaient à la loi de l’A.T. Leur origine reste mystérieuse, mais on pense qu’ils représentent une branche des hassidim ou « hommes pieux » du temps des Maccabées. Ils étaient le plus souvent issus de la classe moyenne juive, et la plupart étaient des laïcs (hommes d’affaires) plutôt que des sacrificateurs ou des Lévites. Ils représentaient le noyau dur du judaïsme orthodoxe et exerçaient une influence prépondérante sur le petit peuple d’Israël. Selon Flavius Josèphe, ils étaient 6000 au temps d’Hérode le Grand. Jésus les condamna pour leur préoccupation envers les signes extérieurs de la religion (règles et lois) plutôt qu’envers la transformation spirituelle intérieure.

Nicodème. C’était un pharisien, et son nom, d’origine grecque, signifie « vainqueur du peuple ». On ne sait rien des origines familiales de cet homme en vue, membre du sanhédrin. Il finit par croire en Jésus (#Jn 7:50-52) et mit en péril sa réputation, voire sa vie, en contribuant à donner à Jésus une sépulture décente (#Jn 19:38-42).

un chef des Juifs. Allusion au sanhédrin, l’institution dirigeante juive la plus importante d’Israël.  Le sanhédrin, le tribunal suprême d’Israël, était constitué de 71 membres sous la présidence du souverain sacrificateur. Ce tribunal se réunissait chaque jour au temple, excepté les jours de sabbat et d’autres jours festifs. En principe, il n’avait pas le pouvoir de condamner à la peine capitale (#Jn 18: 31), mais, comme dans le cas d’Etienne, cette restriction n’empêchait pas les lapidations d’avoir lieu (cf. #Ac 6:12-14 ; #Ac 7:58-60). Les gouverneurs romains trouvaient souvent leur intérêt à ignorer de tels incidents. Dans le cas de Jésus, les hommes qui le jugeaient étaient ceux-là mêmes qui avaient préalablement comploté contre lui (cf. #Jn 11:47-50). Sorte de cour suprême juive ou de gouvernement, il était probablement né pendant la période perse. Au temps du N.T., le sanhédrin était composé du souverain sacrificateur (président), des chefs des sacrificateurs, des anciens (chefs de famille) et des scribes, pour un total de 71 personnes. Ces dignitaires recevaient leur fonction de façon héréditaire ou politique. Ils étaient en charge de la juridiction civile et pénale conforme aux lois juives. Cependant, les condamnations à mort devaient être ordonnées par les autorités romaines (#Jn 18:30-32). Après 70 apr. J.-C. et la destruction de Jérusalem, le sanhédrin fut aboli pour être remplacé par le beth-din (cour de jugement), composé de scribes dont les décisions avaient seulement une autorité morale et religieuse.

3:1-10 On peut diviser ce dialogue entre Jésus et Nicodème en trois parties:

1° Nicodème cherche à savoir qui est Jésus (vv. #Jn 3:1-3);

2° Jésus lit dans le cœur de Nicodème (vv. #Jn 3:4-8);

3° Jésus remet en question l’assurance de Nicodème (vv. #Jn 3:9-10).

3:1-21 L’histoire de Jésus et de Nicodème renforce les thèmes récurrents chez Jean: Jésus est le Messie et le Fils de Dieu (apologétique), et il est venu offrir le salut aux hommes (évangélisation). #Jn 2:23-24 sert en fait d’introduction à l’épisode de Nicodème, puisque le ch. #Jn 3 apporte la preuve de la divinité de Jésus en démontrant sa capacité à lire dans les cœurs. Jésus présenta aussi le plan du salut à Nicodème, prouvant ainsi qu’il était le messager de Dieu, dont l’œuvre rédemptrice offre le salut promis à son peuple (v. #Jn 3:14). Ce ch. peut être divisé en deux parties:

1° le dialogue de Jésus et de Nicodème (vv. #Jn 3:1-10);

2° le discours de Jésus au sujet du plan du salut (vv. #Jn 3:11-21).

2  qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit : Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui.

vint …  de nuit. Certains considèrent cette visite nocturne comme symbolique de l’obscurité spirituelle du cœur de Nicodème (cf. #Jn 1:5 ; #Jn 9:4 ; #Jn 11:10 ; #Jn 13: 30) ou supposent qu’il avait décidé de venir à un moment où Jésus serait plus disponible pour passer du temps avec lui. Or, l’explication la plus probable est que Nicodème, en tant que responsable juif, craignait les implications, pour lui, d’une association publique avec Jésus. Il choisit de venir de nuit pour s’entretenir clandestinement avec lui plutôt que de risquer de tomber en disgrâce auprès de ses collègues pharisiens qui n’appréciaient pas Jésus.

 

3  Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.

naît de nouveau. Ou « naît d’en haut ». Jésus répondait ici à une question que Nicodème ne lui avait même pas posée, car il avait lu dans son cœur et connaissait le nœud du problème : la nécessité d’une régénération et d’une transformation spirituelles par le Saint-Esprit. La nouvelle naissance est un acte divin par lequel la vie éternelle est accordée au croyant (#2Co 5:17 ; #Tit 3:5 ; #1Pi 1:3 ; #1Jn 2:29 ; #1Jn 3:9 ; #1Jn 4:7 ; #1Jn 5:1, #1Jn 5:4, #1Jn 5:18). Le ch. #Jn 1:12-13 indique que cette expression implique aussi l’idée de devenir « enfant de Dieu » au moyen de la foi en la Parole incarnée.

ne peut voir le royaume de Dieu. D’après le contexte, cela fait d’abord allusion à la participation au royaume du millénium à la fin des temps, ce que les pharisiens et tous les autres Juifs attendaient avec impatience. Les pharisiens attendaient avec enthousiasme la résurrection prophétisée des saints et l’institution du royaume messianique (#Esa 11:1-16 ; #Da 12: 2). Le problème, c’est qu’ils pensaient qu’il suffisait pour y entrer d’appartenir à la bonne lignée généalogique et de respecter les signes extérieurs de leur religion, sans passer par la régénération spirituelle que prônait Jésus (cf. #Jn 8:33-39 ; #Ga 6:15). La venue du royaume à la fin des temps peut être décrite comme la régénération du monde (#Mt 19: 28), mais chaque individu doit passer par une régénération personnelle avant la fin du monde pour avoir le droit d’entrer dans le royaume.

 

4  Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ?

Étant lui-même un enseignant, Nicodème comprenait bien la méthode rabbinique qui consistait à recourir au langage figuré pour enseigner une vérité spirituelle. Il relevait simplement le symbolisme employé par Jésus.

5  Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

 

naît d’eau et d’Esprit. Jésus ne parle pas ici littéralement de l’eau mais du besoin de purification (p. ex. #Ez 36:24-27). Dans l’A.T., l’eau désigne habituellement au figuré le renouvellement ou la purification spirituelle, surtout si l’« Esprit » y est associé (#No 19:17-19 ; #Ps 51:11-12 ; #Esa 32:15 ; #Esa 44:3-5 ; #Esa 55:1-3 ; #Jér 2:13 ; #Joe 2:28-29). Jésus faisait ainsi allusion à la purification spirituelle de l’âme, accomplie par le Saint-Esprit au travers de la Parole de Dieu au moment du salut (cf. #Ep 5:26 ; #Tit 3:5) et nécessaire pour appartenir au royaume.

 

6  Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit.

 

7  Ne t’étonne pas que je t’aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau.

 

8  Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit.

Le vent souffle où il veut. Jésus voulait dire que, tout comme le vent ne saurait être maîtrisé ni compris par les hommes, qui en ressentent pourtant les effets, de même le Saint-Esprit ne peut être maîtrisé ni compris, alors même qu’on peut constater les preuves de son œuvre. Là où œuvre le Saint-Esprit, on voit des preuves indéniables et évidentes de son action.

 

9  Nicodème lui dit : Comment cela peut-il se faire ?

 

10  Jésus lui répondit : Tu es le docteur d’Israël, et tu ne sais pas ces choses !

le docteur. L’utilisation de l’article défini « le » indique que Nicodème était un enseignant renommé de la nation d’Israël, une autorité religieuse reconnue. La réponse de Jésus soulignait la faillite spirituelle de la nation à l’époque, puisque même l’un des plus grands docteurs juifs n’était pas capable de reconnaître que cet enseignement sur la purification spirituelle et la transformation personnelle reposait clairement sur l’A.T., qu’il était censé connaître (cf. v. #Jn 3:5). Cette conversation démontre que la pratique extérieure d’une religion peut émousser complètement la compréhension spirituelle qu’on en a.

 

11  En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; et vous ne recevez pas notre témoignage.

vous ne recevez pas notre témoignage. Le pluriel « vous » fait ici écho au « nous » du v. 2, où Nicodème parlait en tant que représentant de la nation d’Israël (« nous savons »). Au v. 11, Jésus répond d’un « vous » qui signale que l’incrédulité de Nicodème est typique de celle de la nation tout entière.

3:11-12 Jésus se concentre sur le thème de l’incrédulité comme cause de l’ignorance. Au fond, l’incapacité de Nicodème à comprendre les paroles de Jésus tenait moins à une incapacité intellectuelle qu’à son refus de croire au témoignage de Jésus.

3:11-21 Ces vv. n’ont plus trait à Nicodème mais au discours de Jésus sur le véritable sens du salut. Le terme central de ces vv. est « croire », employé 7 fois. Le croyant doit s’approprier la nouvelle naissance au travers de la foi. Alors que les vv. #Jn 3:1-10 expriment le fait que le salut est le fruit de l’initiative de Dieu, les vv. #Jn 3:11-12 soulignent la nécessité d’une réponse de l’homme à l’œuvre divine de régénération. Les vv. #Jn 3:11-21 constituent une section qu’on peut diviser en trois parties:

1° le problème de l’incrédulité (vv. #Jn 3:11-12);

2° la réponse à l’incrédulité (vv. #Jn 3:13-17); et

3° le résultat de l’incrédulité (vv. #Jn 3:18-21).

12  Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes ?

 

13  Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel.

Personne n’est monté au ciel. Ce v. contredit les prétentions des autres religions d’avoir reçu des révélations de la part de Dieu. Jésus insista sur le fait que personne n’avait pu monter au ciel et en revenir pour rapporter aux autres ce qu’il avait vu des réalités célestes (cf. #2Co 12:1-4). Il possédait sa résidence permanente dans le ciel avant son incarnation et, par conséquent, il est le seul à pouvoir prétendre détenir la vérité concernant la sagesse divine (cf. #Pr 30:4).

 

14  Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé,

il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé. Cf. #Jn 8:28 ; #Jn 12: 32, #Jn 12: 34 ; #Jn 18:31-32. Prédiction voilée de la mort de Jésus sur la croix, avec une allusion à l’histoire de #No 21:4-9, où les Israélites qui regardaient le serpent élevé par Moïse étaient guéris de leurs maladies. L’important dans cette analogie est le « soit élevé ». De même que, lorsque Moïse élevait le serpent sur le poteau, ceux qui le regardaient vivaient physiquement, de même ceux qui regardent à Christ, qui fut « élevé » sur la croix, vivront spirituellement et éternellement.

 

15  afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.

vie éternelle. C’est la première d’une dizaine de références à la « vie éternelle » dans l’Évangile de Jean, une cinquantaine dans le N.T. La vie éternelle ne désigne pas seulement une vie d’une longueur infinie mais aussi d’une qualité supérieure. Littéralement cela signifie « la vie de l’âge à venir », et cela renvoie donc à la résurrection et à l’existence céleste dans la gloire et la sainteté parfaites. Cette vie, les croyants en font déjà l’expérience ici-bas, avant même d’arriver au paradis. Avoir la « vie éternelle », essentiellement, signifie partager la vie éternelle de la Parole vivante, Jésus-Christ. C’est la vie de Dieu dans chaque croyant, qui ne sera rendue complètement manifeste qu’à la résurrection des morts (#Ro 8:19-23 ; #Ph 3:20-21).

 

16  Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.

Car Dieu a tant aimé le monde. La mission du Fils est entièrement motivée par l’amour suprême de Dieu pour un monde méchant et pécheur (cf. #Jn 6:32, #Jn 6:51 ; #Jn 12: 47, qui est en rébellion contre lui. « Tant » souligne l’intensité et la force de cet amour. Le Père a offert son Fils unique et bien-aimé pour qu’il meure en faveur d’hommes pécheurs.

 

17  Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

 

18  Celui qui croit en lui n’est point jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

cru au nom. Cette expression signifie plus qu’un simple assentiment intellectuel aux vérités de l’Évangile. Il s’agit de faire confiance à Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur et de s’engager à ses côtés. On reçoit alors une nouvelle nature (v. #Jn 3:7) qui produit un changement dans le cœur et permet d’obéir au Seigneur.

 

19  Et ce jugement c’est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.

 

20  Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées ;

 

21  mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en Dieu.

 

22 ¶  Après cela, Jésus, accompagné de ses disciples, se rendit dans la terre de Judée ; et là il demeurait avec eux, et il baptisait.

dans la terre de Judée. Alors que l’épisode précédent, avec Nicodème, se déroulait à Jérusalem (#Jn 2:23), qui faisait partie de la Judée, cette expression suggère que Jésus en visita les régions rurales.

baptisait. #Jean 4:2 précise que Jésus ne baptisa jamais personne lui-même, mais qu’il laissait à ses disciples le soin de le faire.

3:22-36 Cette partie constitue, dans cet Évangile, le dernier témoignage de Jean-Baptiste au sujet de Christ. Le ministère de Jean diminuait au fur et à mesure que celui de Jésus prenait de l’importance. Jean-Baptiste jouissait d’un grand crédit et d’une grande renommée auprès des gens du peuple en Israël, il était généralement bien reçu par eux, de même que par ceux qui vivaient en marge de la société, mais son témoignage au sujet de Jésus fut rejeté, tout particulièrement par les chefs d’Israël (cf. #Mt 3:5 ; #Lu 7:29).

 

23  Jean aussi baptisait à Enon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau ; et on y venait pour être baptisé.

Enon, près de Salim. L’exacte localisation de cette ville reste controversée. Il peut s’agir d’une Salim située près de Sichem ou à une dizaine de km au sud de Beth-Schean. Ces deux villes existent en Samarie. Le nom d’Enon provient du mot hébreu pour « sources » et ces deux sites sont connus pour jouir de la présence d’une eau abondante (« il y avait là beaucoup d’eau »).

 

24  Car Jean n’avait pas encore été mis en prison.

Jean n’avait pas encore été mis en prison. Il y a ici un indice que l’apôtre Jean a voulu compléter les Évangiles synoptiques en fournissant des informations supplémentaires qui permettent de mieux comprendre les déplacements de Jean-Baptiste et de Jésus.

 (voir l’introduction {==> "Jn 1:1"} https://www.chercherjesus-christ.com/news/l-evangile-selon-jean/ ).

 

En Mt et Mc, la tentation de Christ est suivie de l’emprisonnement de Jean-Baptiste. L’apôtre Jean comble ici le vide entre ces deux événements.

 

25  Or, il s’éleva de la part des disciples de Jean une dispute avec un Juif touchant la purification.

il s’éleva …  une dispute. Cette dispute tournait sans doute autour de la relation des ministères de baptême de Jean et de Jésus avec les pratiques juives de purification auxquelles il est fait allusion en #Jn 2:6. La vraie motivation sous-jacente, cependant, avait trait à la rivalité supposée entre Jean et Jésus.

3:25-36 On peut diviser cette section en trois parties soulignant l’importance de ce qui se passait dans la relation entre les ministères de Jean-Baptiste et de Jésus:

1° le rôle de représentant de la fin de l’ancienne époque de Jean-Baptiste (vv. #Jn 3:25-29);

2° la transition entre Jean et le ministère de Jésus (v. #Jn 3:30);

3° le ministère de Jésus qui constitue le début d’une nouvelle ère (vv. #Jn 3:31-36).

Loin de jalouser Christ, Jean-Baptiste fit preuve d’une grande humilité et d’une grande fidélité devant la supériorité de sa personne et de son ministère.

 

26  Ils vinrent trouver Jean, et lui dirent : Rabbi, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain, et à qui tu as rendu témoignage, voici, il baptise, et tous vont à lui.

tous vont à lui. La rivalité potentielle entre Jean et Jésus était aggravée du fait qu’ils pratiquaient leur ministère respectif à peu de distance l’un de l’autre. Le baptême est mentionné au v. 22, ce qui donne à penser que Jésus devait officier près de Jéricho, à proximité des gués du Jourdain, tandis que Jean baptisait à Enon, pas très loin vers le nord. Les disciples de Jean étaient d’autant plus troublés que tous les gens qui se précipitaient vers Jésus venaient auparavant vers Jean.

 

27  Jean répondit : Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel.

ce qui lui a été donné du ciel. Ce v. souligne la souveraineté de Dieu lorsqu’il s’agit d’octroyer un ministère à l’un plutôt qu’à l’autre (cf. #1Co 4:7 ; #1Co 15: 10).

 

28  Vous-mêmes m’êtes témoins que j’ai dit : Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui.

 

29  Celui à qui appartient l’épouse, c’est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui se tient là et qui l’entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l’époux : aussi cette joie, qui est la mienne, est parfaite.

l’époux …  l’ami de l’époux. Jean fit comprendre sa façon de voir son propre ministère au moyen d’une parabole. L’« ami de l’époux » était l’équivalent, dans l’Antiquité, du témoin; il était chargé d’organiser les détails de la cérémonie de mariage en Judée (les mariages galiléens étaient quelque peu différents). Cet ami éprouvait donc la plus grande joie à voir se dérouler sans anicroche la cérémonie qu’il avait organisée lui-même. Jean faisait probablement aussi allusion aux passages de l’A.T. décrivant Israël comme la fiancée du Seigneur (#Esa 62:4-5 ; #Jér 2:2 ; #Os 2:18-22).

 

30  Il faut qu’il croisse, et que je diminue.

 

31  Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous ; celui qui est de la terre est de la terre, et il parle comme étant de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous,

3:31-32

au-dessus de tous. Ces vv. résument à eux seuls plusieurs des thèmes du ch. tout entier. D’après le contexte immédiat, Jean explique pourquoi Jésus, la Parole incarnée, doit devenir plus grand: lui seul vient « d’en haut » (origine céleste) et se trouve donc placé « au-dessus de tous ». Le grec pour « au-dessus de tous » rappelle le v. 3 où la nouvelle naissance « d’en haut » ne peut être expérimentée que par la foi en celui qui « vient d’en haut ». Par contraste, tous les autres ne peuvent que venir de la terre et ne peuvent, par conséquent, qu’accepter leur finitude et leurs limites. Dans le contexte immédiat, il fallait que Jean-Baptiste diminue (v. #Jn 3:30), puisqu’il était d’origine terrestre et appartenait donc à la terre. Bien que lançant lui aussi un appel à la repentance, Jean n’était pas en mesure, comme Jésus, l’homme Dieu, de révéler les choses célestes.

3:31-36 Dans ces vv., Jean-Baptiste donne cinq raisons pour lesquelles Jésus lui était supérieur:

1° Christ avait une origine céleste (v. #Jn 3:31);

2° Christ avait une connaissance de première main de la vérité (v. #Jn 3:32);

3° le témoignage de Jésus n’était jamais en contradiction avec celui de Dieu (v. #Jn 3:33);

4° Christ jouissait sans restriction de la présence en lui du Saint-Esprit (v. #Jn 3:34);

5° Christ était le maître suprême puisque Dieu le Père lui avait octroyé ce statut (v. #Jn 3:35).

 

32  il rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu, et personne ne reçoit son témoignage.

 

33  Celui qui a reçu son témoignage a certifié que Dieu est vrai ;

 

34  car celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, parce que Dieu ne lui donne pas l’Esprit avec mesure.

l’Esprit avec mesure. Dieu donna l’Esprit à son Fils sans restriction (#Jn 1:32-33 ; #Esa 11:2 ; #Esa 42:1 ; #Esa 61:1).

 

35  Le Père aime le Fils, et il a remis toutes choses entre ses mains.

 

36  Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.

Ce v. constitue un apogée approprié pour ce ch. Jean-Baptiste présenta une alternative : soit une foi authentique, soit la désobéissance ouverte, annonçant ainsi l’imminence du jugement. Tout en quittant le devant de la scène, il invitait à la foi dans le Fils et exprimait de façon explicite la conséquence ultime du refus de croire: « la colère de Dieu ».


JEAN 4 * 1 à 54

 

1 ¶  Le Seigneur sut que les pharisiens avaient appris qu’il faisait et baptisait plus de disciples que Jean.

4:1-26 L’histoire de la femme samaritaine renforce le thème majeur de l’apôtre Jean: Jésus est le Messie et le Fils de Dieu. L’accent dans cette histoire porte moins sur la conversion de cette femme que sur l’affirmation que Jésus est effectivement le Messie (v. #Jn 4:26). La conversion de la Samaritaine est clairement présumée, mais ce que l’apôtre veut transmettre, c’est la déclaration de Jésus à la suite des Écritures (v. #Jn 4:25). Autre point important de ce passage: Jésus comprend et aime les gens. Il démontra que son amour n’avait pas de limites, puisqu’il était capable de prendre en considération une femme, qui plus est une marginale. Par opposition avec l’amour humain qui est limité, Christ fit la preuve d’un amour divin, offert à tous sans distinction (#Jn 3:16).

 

2  Toutefois Jésus ne baptisait pas lui-même, mais c’étaient ses disciples.

 

3  Alors il quitta la Judée, et retourna en Galilée.

il quitta la Judée. Jean-Baptiste et Jésus étaient tous deux l’objet de l’attention toute spéciale des autorités officielles du fait de l’originalité de leur message concernant la repentance et le royaume. Jésus désirait probablement éviter tout problème avec les disciples de Jean-Baptiste, troublés par sa renommée grandissante. En outre, les pharisiens eux aussi redoutaient sa popularité croissante. Il décida donc de se déplacer vers le nord pour quitter la Judée et éviter tout conflit.

 

4 ¶  Comme il fallait qu’il passât par la Samarie,

il fallait qu’il passe par. Plusieurs routes menaient de la Judée à la Galilée: l’une serrait la côte, l’autre passait par la Pérée, une autre encore passait en plein cœur de la Samarie. L’historien juif Flavius Josèphe rapporte qu’à l’occasion des grandes fêtes juives, et malgré la forte antipathie qui était de règle entre les Samaritains et eux, les Juifs passaient par la Samarie car c’était le plus court chemin. « Il fallait » peut certes vouloir dire que Jésus désirait gagner du temps en ne prenant pas une route inutilement longue en raison de la conscience qu’il avait, dans cet Évangile, de remplir la mission de son Père (#Jn 2:4 ; #Jn 7:30 ; #Jn 8:20 ; #Jn 12: 23 ; #Jn 13: 1), mais l’apôtre a peut-être voulu souligner que Jésus ressentait une nécessité divine, spirituelle, à emprunter cet itinéraire pour rencontrer la Samaritaine et lui révéler qu’il était le Messie.

la Samarie. Lorsque la nation d’Israël se divisa politiquement après la fin du règne de Salomon, le roi Omri appela la capitale du royaume du nord d’Israël « Samarie » (#1R 16: 24). Ce nom en vint finalement à désigner la région tout entière, et parfois même tout le royaume du nord, qui avait été déporté (en particulier sa capitale, Samarie) par l’Assyrie en 722 av. J.-C. (#2R 17:1-6). L’Assyrie emmena la plus grande partie de la population des dix tribus du nord dans l’Irak du nord moderne, mais elle laissa une grande population juive dans la partie nord de la Samarie et y déporta un grand nombre de non-Juifs. Tous ces groupes se mélangèrent par mariage et finirent par former une race mixte. Finalement, des tensions éclatèrent entre les Juifs revenus de captivité et les Samaritains. Les Samaritains décidèrent donc de ne plus adorer l’Éternel à Jérusalem et établirent leur lieu de culte sur le mont Garizim en Samarie (vv. #Jn 4:20-22). Les Samaritains considéraient que seul le Pentateuque faisait autorité. Ces faits historiques eurent pour conséquence la répudiation des Samaritains par les Juifs qui les déclarèrent hérétiques. Au cours des siècles, des tensions culturelles permanentes déchirèrent les deux communautés, qui évitaient par conséquent autant que possible de se trouver en contact l’une avec l’autre (v. #Jn 4:9 ; #Esd 4:1-24 ; #Né 4:1-6 ; #Lu 10:25-37).

 

5  il arriva dans une ville de Samarie, nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils.

Sychar. Ville qui est sans doute devenue le village appelé de nos jours Askar, sur les flancs du mont Ebal, en face du mont Garizim. Une lignée ininterrompue de tradition place le puits de Jacob à moins d’1 km d’Askar.

4:5-6 Ces vv. renvoient à #Ge 48:22, où Jacob avait donné à Joseph en héritage une terre achetée aux enfants de Hamor (cf. #Ge 33:19). Quand les Juifs revinrent d’Égypte, ils enterrèrent les ossements de Joseph dans cette terre à Sichem. Elle devint l’héritage des descendants de Joseph. La localisation du puits de Jacob a été définie par une solide tradition commune aux Juifs et aux Samaritains tout comme aux musulmans et aux chrétiens: il se trouve de nos jours à l’ombre de la crypte d’une église orthodoxe inachevée. Le terme grec pour « puits » évoque une source, alors qu’aux vv. #Jn 4:11-12 Jean emploie un autre terme qui signifie « citerne » ou « puits creusé ». Cela indique que ce puits était tout à la fois creusé et rempli par une source souterraine, toujours active de nos jours.

 

6  Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C’était environ la sixième heure.

fatigué du voyage. Puisque la Parole s’est faite chair (#Jn 1:14), elle subissait aussi les limitations physiques liées à son humanité (#Hé 2:10-14).

la sixième heure. D’après la manière juive de délimiter le temps, qui partait du lever du soleil vers 6 heures du matin, cela correspond à midi. D’après la manière romaine de compter, qui partait de minuit, à 6 heures.

 

7  Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire.

Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Les femmes venaient en général puiser l’eau en groupes, assez tôt ou assez tard pour éviter les grandes chaleurs. Si la femme samaritaine était venue seule, c’est sans doute que la honte de sa condition la maintenait isolée des autres femmes.

Donne-moi à boire. Qu’un homme, juif de surcroît, ose parler à une femme en public et même lui demander à boire, qui plus est à une Samaritaine, constituait une infraction inhabituelle aux règles sociales rigides de même qu’une ignorance remarquée de l’animosité sociale entre ces deux communautés. En outre, cela ne se faisait pas, pour un « rabbin » ou un chef religieux, d’engager la conversation avec une femme de mauvaise vie (v. #Jn 4:18).

 

8  Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres.

acheter des vivres. Puisque Jésus et ses disciples acceptaient d’acheter de la nourriture aux Samaritains, ils ne suivaient pas certaines des règles que s’imposaient les Juifs plus stricts, qui se seraient interdit de manger de la nourriture touchée par ces gens.

 

9  La femme samaritaine lui dit: Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? — Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains. — 

 

10  Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive.

eau vive. L’A.T. est à l’arrière-plan de cette expression, qui a une grande importance métaphorique. En #Jér 2:13, l’Éternel critique les Juifs désobéissants parce qu’ils le rejettent, lui, la « source d’eau vive ». Les prophètes de l’A.T. attendaient impatiemment la venue du temps où des sources d’eau vive couleraient de Jérusalem (#Ez 47:9 ; #Za 14: 8). Cette métaphore de l’A.T. évoquait la connaissance de Dieu et de sa grâce, qui procure la purification et la vie spirituelle, et la puissance de transformation du Saint-Esprit (cf. #Esa 1:16-18 ; #Esa 12: 3 ; #Esa 44:3 ; #Ez 36:25-27). Jean applique ces thèmes à Jésus en tant qu’eau vive, symbole de la vie éternelle qui coule de lui au travers du Saint-Esprit (cf. v. #Jn 4:14 ; #Jn 6:35 ; #Jn 7:37-39). Jésus utilisa le besoin physique de cette femme, qui voulait de l’eau du puits pour l’aider à supporter la vie dans cette région aride, pour en faire une leçon de choses décrivant son besoin spirituel de transformation.

 

11  Seigneur, lui dit la femme, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; d’où aurais-tu donc cette eau vive ?

 

12  Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ?

 

13  Jésus lui répondit: Quiconque boit de cette eau aura encore soif ;

 

14  mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle.

 

15  La femme lui dit : Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici.

Cette femme, tout comme Nicodème (#Jn 3:4), ne se rendait pas compte que Jésus parlait de ses besoins spirituels. A ses yeux, tout ce dont elle avait besoin, c’était d’une eau qui lui éviterait de faire tant de fois le trajet jusqu’au puits de Jacob.

 

16  Va, lui dit Jésus, appelle ton mari, et viens ici.

 

appelle ton mari. Puisque la femme ne parvenait pas à comprendre la nature de l’eau vive qu’il lui offrait (v. #Jn 4:15), Jésus changea brutalement de sujet de conversation: il se concentra sur son besoin spirituel de conversion et de purification du péché. La connaissance intime que Jésus démontra avoir de la vie dépravée de cette femme ne servit pas seulement à prouver ses capacités surnaturelles, mais aussi à dévoiler la condition spirituelle de son interlocutrice.

 

17  La femme répondit : Je n’ai point de mari. Jésus lui dit : Tu as eu raison de dire : Je n’ai point de mari.

 

18  Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai.

n’est pas ton mari. Elle vivait en concubinage avec un homme que Jésus déclara ne pas être son mari. Par cette déclaration explicite, notre Seigneur rejette officiellement l’idée que la simple vie commune équivaudrait à un mariage. La Bible enseigne au contraire que le mariage ne peut être qu’une alliance reconnue, conclue de façon formelle devant une autorité officielle.

 

19  Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète.

tu es prophète. Seule une inspiration surnaturelle pouvait lui permettre de connaître si précisément sa vie.

 

20  Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.

sur cette montagne. Les Juifs comme les Samaritains reconnaissaient que Dieu avait ordonné à leurs ancêtres de consacrer un lieu particulier à son culte (#De 12: 5). Les Juifs, qui reconnaissent l’authenticité du canon tout entier, choisirent Jérusalem (#2S 7:5-13 ; #2Ch 6:6). Les Samaritains pensaient que seul le Pentateuque était *canonique*. Ils relevaient que le premier endroit où Abraham avait érigé un autel était Sichem (#Ge 12:6-7), que dominait le mont Garizim. En outre, c’était là que les Israélites avaient proclamé les bénédictions promises par Dieu avant d’entrer dans la terre promise (#De 11:29-30). Par conséquent, ils choisirent le mont Garizim pour y établir leur temple.

*Canonique : Le droit canonique ou droit canon (Jus canonicum en latin), est l'ensemble des lois et des règlements adoptés ou acceptés par les autorités religieuses pour le gouvernement de l'Église et de ses fidèles.*

 

21  Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père.

ni sur cette montagne ni à Jérusalem. Ce débat était devenu vain puisque ces deux lieux de culte seraient bientôt dépassés, sans objet, aucun ne jouant plus le moindre rôle dans la vie des véritables adorateurs de Dieu. Jérusalem allait même bientôt être détruite, y compris le temple (70 apr. J.-C.).

 

22  Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.

ce que vous ne connaissez pas. Les Samaritains ne connaissaient pas Dieu; ils n’en avaient pas reçu la révélation pleine et entière, et ils ne pouvaient donc pas prier en vérité. Les Juifs, par contre, possédaient la pleine révélation de Dieu dans l’A.T.; ainsi, ils savaient quel Dieu ils adoraient, car la vérité du salut leur avait été révélée à eux en premier et au monde entier par leur entremise (cf. #Ro 3:2 ; #Ro 9:4-5).

 

23  Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande.

l’heure. Évoque la mort de Jésus, sa résurrection et son ascension vers Dieu, une fois accomplie son œuvre de rédemption.

les vrais adorateurs. Jésus voulait dire que, à la lumière de sa venue en tant que Messie et Sauveur, les adorateurs seraient identifiés non par un lieu de culte ou un sanctuaire particulier, mais par le fait qu’ils rendraient un culte à Dieu le Père au travers du Fils. La venue de Christ rendait donc caduque toute distinction entre vrais et faux adorateurs sur une base géographique. Les vrais adorateurs sont désormais ceux qui adorent Dieu par le Fils, où qu’ils soient, de tout leur cœur (cf. #Ph 3:3).

 

24  Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité.

Dieu est Esprit. Ce v. représente l’affirmation classique sur la nature de Dieu comme Esprit: Dieu est invisible (#Col 1:15 ; #1Ti 1:17 ; #Hé 11:27), par contraste avec la nature physique, matérielle, de l’homme (#Jn 1:18 ; #Jn 3:6). L’ordre des mots dans la phrase grecque souligne le terme « Esprit », et la phrase est emphatique: on ne peut jamais saisir quelque chose du Dieu invisible à moins qu’il ne se révèle lui-même, comme il l’a fait dans l’Écriture et dans l’incarnation.

il faut …  l’adorent. Jésus ne parle pas ici de l’adoration en termes de désir, mais comme quelque chose d’absolument nécessaire.

en esprit et en vérité. Le terme « esprit » ne renvoie pas ici au Saint-Esprit, mais à l’esprit humain. Jésus veut souligner qu’il n’est pas question d’une adoration où l’on se contente de respecter extérieurement des rituels ou des sites religieux, mais d’une adoration intérieure, qui correspond à l’attitude de cœur appropriée. L’allusion à la « vérité » souligne que cette adoration doit être cohérente avec la révélation des Écritures et centrée sur « la Parole faite chair » qui a révélé de façon suprême le Père (#Jn 14: 6).

 

25  La femme lui dit : Je sais que le Messie doit venir celui qu’on appelle Christ ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses.

Messie. Les Samaritains attendaient aussi la venue du Messie.

 

26  Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle.

Je le suis, moi qui te parle. Jésus s’autoproclame ici directement le Messie, alors que d’habitude il prenait bien soin d’éviter de telles déclarations devant son propre peuple. En effet, la vision qu’avaient les Juifs du Messie n’était que grossièrement militaire et politique (cf. #Jn 10:24 ; #Mr 9:41). L’emploi de « je le suis » rappelle #Jn 8:58. Cette affirmation constitue le point principal de la rencontre avec la Samaritaine.

 

27 ¶  Là-dessus arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu’il parlait avec une femme. Toutefois aucun ne dit : Que demandes-tu ? ou : De quoi parles-tu avec elle ?

Là-dessus. Si les disciples étaient arrivés plus tôt, ils auraient interrompu et brisé cette conversation, et s’ils étaient arrivés plus tard, la femme serait partie sans qu’ils puissent entendre que Jésus se déclarait le Messie. Ce détail révèle subtilement le contrôle divin qu’exerçait Jésus sur la situation.

4:27-42 Ces vv. renforcent la reconnaissance par Jésus de son statut de Messie en offrant des preuves de ce qu’il prétendait. Pour étoffer son thème central, évoqué en #Jn 20: 31, Jean donne cinq preuves, aussi subtiles qu’authentiques, que Jésus était le Messie et le Fils de Dieu:

1° sa maîtrise de toute circonstance (v. #Jn 4:27);

2° son impact sur la Samaritaine (vv. #Jn 4:28-30);

3° son intimité avec le Père (vv. #Jn 4:31-34);

4° sa connaissance du cœur humain (vv. #Jn 4:35-38);

5° la forte impression qu’il fit sur les Samaritains.

 

28  Alors la femme, ayant laissé sa cruche, s’en alla dans la ville, et dit aux gens:

4:28-31

aux gens. Jésus avait eu un tel impact sur la Samaritaine qu’elle désirait ardemment partager cette nouvelle avec tous les autres habitants de sa ville, alors qu’elle les avait soigneusement évités, du fait de sa mauvaise réputation. Son témoignage et la candeur avec laquelle elle leur parlait de sa propre vie les impressionnèrent tant qu’ils décidèrent d’aller vérifier par eux-mêmes qui était Jésus.

 

29  Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ ?

 

30  Ils sortirent de la ville, et ils vinrent vers lui.

 

31  Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant : Rabbi, mange.

 

32  Mais il leur dit : J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas.

4:32-33

J’ai à manger. Tout comme la Samaritaine avait compris de travers les paroles de Jésus lorsqu’il parlait de l’eau (v. #Jn 4:15) en les prenant au sens littéral, les propres disciples de Jésus ne pensaient qu’à la nourriture terrestre. Dans son Évangile, Jean utilise souvent ce genre d’incompréhension pour faire progresser l’argumentation (p. ex. #Jn 2:20 ; #Jn 3:3).

 

33  Les disciples se disaient donc les uns aux autres : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ?

 

34  Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre.

Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé. Jésus avait très probablement à l’esprit #De 8:3 (cf. #Mt 4:4 ; #Lu 4:4). Pendant son dialogue avec la Samaritaine, il accomplissait la volonté de son Père et il reçut ainsi une nourriture bien plus satisfaisante que n’importe quel repas (#Jn 5:23-24 ; #Jn 8:29 ; #Jn 17: 4). Toute la vie de Jésus se résume dans l’obéissance à son Père et la dépendance totale qu’il gardait de lui (#Ep 5:17). La volonté de Dieu qu’il accomplit est exposée en #Jn 6:38-40.

 

35  Ne dites-vous pas qu’il y a encore quatre mois jusqu’à la moisson ? Voici, je vous le dis, levez les yeux, et regardez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson.

encore quatre mois jusqu’à la moisson. Cet événement se produisit probablement en décembre ou en janvier, 4 mois donc avant la récolte normale de printemps (mi-avril). On semait en novembre et, avant fin décembre ou janvier, le grain donnait de magnifiques pousses vertes. Jésus utilisa les champs environnants pour en faire une leçon de choses. Il illustra ainsi l’urgence qu’il y avait d’atteindre les perdus, symbolisés par la moisson. Jésus désignait la Samaritaine, de même que les autres habitants (v. #Jn 4:30) qui montaient vers eux de la ville de Sychar (« levez les yeux ») car ils ressemblaient à une « moisson » qui devait être moissonnée sans tarder, c’est-à-dire évangélisée.

blanchissent pour la moisson. Les vêtements blancs qu’ils portaient devaient se détacher au-dessus des épis, comme des têtes de blé posées sur les tiges, ce qui évoquait le fait qu’ils étaient mûrs pour la moisson. Comme Jésus connaissait le cœur de tous, il savait s’ils étaient prêts pour la moisson (cf. vv. #Jn 4:39-41).

 

36  Celui qui moissonne reçoit un salaire, et amasse des fruits pour la vie éternelle, afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble.

4:36-38 Le Seigneur appela ses disciples à entrer dans l’œuvre d’évangélisation, en leur rappelant qu’elle implique des récompenses (le salaire), des fruits qui engendrent la joie éternelle (v. #Jn 4:36), et un partenariat réciproque en vue de se partager les privilèges qui en découlent (vv. #Jn 4:37-38).

 

37  Car en ceci ce qu’on dit est vrai : Autre est celui qui sème, et autre celui qui moissonne.

 

38  Je vous ai envoyés moissonner ce que vous n’avez pas travaillé ; d’autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail.

 

39  Plusieurs Samaritains de cette ville crurent en Jésus à cause de cette déclaration formelle de la femme: Il m’a dit tout ce que j’ai fait.

 

40  Aussi, quand les Samaritains vinrent le trouver, ils le prièrent de rester auprès d’eux. Et il resta là deux jours.

 

41  Un beaucoup plus grand nombre crurent à cause de sa parole ;

 

42  et ils disaient à la femme : Ce n’est plus à cause de ce que tu as dit que nous croyons ; car nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde.

Sauveur du monde. On retrouve cette expression en #1Jn 4:14. Ce v. constitue le point culminant de l’histoire de la Samaritaine. Les Samaritains devinrent eux-mêmes membres d’une liste de témoins destinés à faire comprendre dans l’Évangile de Jean que Jésus était le Messie et le Fils de Dieu. Cet épisode représente le premier exemple d’évangélisation transculturelle (#Ac 1:8).

 

43 ¶  Après ces deux jours, Jésus partit de là, pour se rendre en Galilée ;

se rendre en Galilée. Après avoir passé deux jours en Samarie, Jésus se rendit en Galilée pour poursuivre le voyage qu’il avait entamé au v. 3.

4:43-54 Cet épisode où Jésus guérit le fils d’un personnage important constitue le deuxième des huit signes principaux par lesquels Jean étaya son affirmation de la véritable identité de Jésus afin de développer la foi dans le cœur de ses lecteurs (v. #Jn 4:54). Dans cet épisode, Jésus reproche à l’assistance son incrédulité: les gens avaient besoin de signes miraculeux pour placer leur confiance en lui (v. #Jn 4:48). Certains pensent que cette guérison est la même que celle du serviteur du centenier (#Mt 8:5-13 ; #Lu 7:2-10). Or, il existe suffisamment de différences entre les deux récits pour prouver qu’il s’agissait de deux événements distincts:

1° rien ne dit dans le texte que le fils de ce personnage était non juif;

2° c’est le fils du personnage, et non son serviteur, qui est ici guéri;

3° Jésus fit des commentaires bien plus négatifs au sujet de la foi de ce personnage (v. #Jn 4:48) qu’à propos de celle du centenier (#Mt 8:10).

 

Cette section peut se diviser en trois parties:

1° Jésus considère l’absence de foi (vv. #Jn 4:43-45);

2° Jésus affronte l’incrédulité (vv. #Jn 4:46-49);

3° Jésus est victorieux de l’incrédulité (vv. #Jn 4:50-54).

 

44  car il avait déclaré lui-même qu’un prophète n’est pas honoré dans sa propre patrie.

un prophète n’est pas honoré dans sa propre patrie. Ce proverbe (qu’on trouve aussi en #Mt 13: 57 ; #Mr 6:4) établit un contraste entre la foi des Samaritains (v. #Jn 4:39) et l’incrédulité chronique des concitoyens de Jésus en Galilée (et en Judée): leur foi avait besoin, pour être nourrie, de voir Jésus faire des miracles (v. #Jn 4:48). C’est en Samarie que Jésus avait eu la joie de vivre une réussite sans l’ombre d’une restriction. Le cœur de son propre peuple ne s’ouvrait pas à lui mais montrait de la réticence et de la dureté.

 

45  Lorsqu’il arriva en Galilée, il fut bien reçu des Galiléens, qui avaient vu tout ce qu’il avait fait à Jérusalem pendant la fête ; car eux aussi étaient allés à la fête.

il fut bien reçu des Galiléens. L’apôtre a sans doute écrit ces mots avec ironie, surtout dans le contexte des vv. 44, 48: leur façon de le recevoir ressemblait plus à celle de badauds, plus curieux et avides de voir des miracles que de croire en Jésus comme Messie, comme cela avait été le cas « à la fête ».

 

46  Il retourna donc à Cana en Galilée, où il avait changé l’eau en vin. Il y avait à Capernaüm un officier du roi, dont le fils était malade.

Cana en Galilée. L’ironie profonde de la déclaration du v. 45 est renforcée par le fait que Jésus venait de faire un miracle à Cana à l’occasion du mariage. Au lieu de réagir en accordant leur foi à Jésus, ils lui demandaient toujours plus de miracles. Leurs motivations à le recevoir étaient bien vulgaires.

Capernaüm. Ville située à environ 25 km au nord-est de Cana.

officier du roi. Le terme grec désignait probablement un dignitaire au service du roi Hérode Antipas, tétrarque de Galilée de 4 av. J.-C. à 39 apr. J.-C.

 

47  Ayant appris que Jésus était venu de Judée en Galilée, il alla vers lui, et le pria de descendre et de guérir son fils, qui était près de mourir.

le pria. Cet homme supplia Jésus de façon répétée de guérir son fils. Il s’était approché de lui en désespoir de cause, mais ne savait pas précisément à qui il s’adressait. D’après le v. 46, on peut supposer que l’officier se fondait sur la réputation de Jésus en tant que thaumaturge plutôt que Messie.

 

48  Jésus lui dit : Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point.

Si vous ne voyez des miracles et des prodiges. C’est un « vous » pluriel. Jésus s’adressait à tous les Galiléens, et pas seulement à l’officier. La réaction des Galiléens était fausse à la base parce qu’ils ne s’intéressaient pas à la personne de Christ et ne se préoccupaient que de satisfaire leur soif inextinguible de miracles. Cette attitude démontre l’incrédulité la plus profonde.

 

49  L’officier du roi lui dit : Seigneur, descends avant que mon enfant meure.

 

50  Va, lui dit Jésus, ton fils vit. Et cet homme crut à la parole que Jésus lui avait dite, et il s’en alla.

ton fils vit. Jésus répondit aux exigences de l’incrédulité des Galiléens en guérissant le fils de l’officier, révélant non seulement sa compassion mais aussi sa merveilleuse bienveillance malgré l’incrédulité de ces gens.

 

51  Comme déjà il descendait, ses serviteurs venant à sa rencontre, lui apportèrent cette nouvelle : Ton enfant vit.

 

52  Il leur demanda à quelle heure il s’était trouvé mieux ; et ils lui dirent : Hier, à la septième heure, la fièvre l’a quitté.

la septième heure. Si l’on part du lever du soleil, cela correspond à 13 heures; si l’on part de midi, à 19 heures.

 

53  Le père reconnut que c’était à cette heure-là que Jésus lui avait dit : Ton fils vit. Et il crut, lui et toute sa maison.

à cette heure-là. L’heure à laquelle le fils de l’officier se sentit mieux correspondait exactement à celle à laquelle le père avait parlé avec Jésus. Cela avait pour but de renforcer la foi de l’officier et, par conséquent, toute sa famille crut, elle aussi.

 

54  Jésus fit encore ce second miracle lorsqu’il fut venu de Judée en Galilée.

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