L`ÉPÎTRE DE JUDE

29/12/2013 19:20
L`ÉPÎTRE DE JUDE

 

68-70 après Jésus-Christ
 
 
 

       L’épître de Jude (« Juda » en hébreu, « Judas » en grec) a pour titre le nom de son auteur (v. #Jude 1), l’un des quatre demi-frères de Christ (#Mt 13: 55 ; #Mr 6:3). En termes de longueur, c’est la 4e des épîtres les plus courtes (après Philémon, 2 Jean et 3 Jean), et c’est la dernière des huit épîtres générales. Jude ne cite pas directement l’A.T., mais il y fait au moins 9 fois allusion de façon évidente. Du point de vue de son contexte, ce « sermon épistolaire » pourrait s’appeler « Actes des apostats ».

 

Auteur et date

 

       Jude (ou Judas) était un nom très répandu dans le contexte israélite (on trouve au moins huit personnes portant ce nom dans le N.T.), mais on s’accorde à penser que l’auteur de cette épître était le demi-frère de Christ, à ne pas confondre avec le disciple Jude, fils de Jacques (#Lu 6:16 ; #Ac 1:13). On parvient à cette conclusion pour plusieurs raisons:

1° Jude se désigne comme le « frère de Jacques », le chef du concile de Jérusalem (#Ac 15), et comme l’un des demi-frères de Jésus (v. #Jude 1 ; cf. #Ga 1:19);

2° la salutation de Jude présente de fortes ressemblances avec celle de Jacques (cf. #Ja 1:1);

3° Jude ne se déclare pas apôtre (v. #Jude 1) mais se distingue d’eux (v. #Jude 17).

 

       L’apostasie doctrinale et morale que dénonce Jude (vv. #Jude 4-18) forme un proche parallèle avec celle qu’évoque 2 Pierre (#2P 2:1-3:4), mais on pense sa lettre plus tardive pour plusieurs raisons:

1° Pierre anticipe l’émergence des faux docteurs (#2P 2:1-2 ; #2P 3:3), alors que Jude évoque leur arrivée (vv. #Jude 4, #Jude 11-12, #Jude 17-18);

2° Jude cite directement #2P 3:3 en reconnaissant que cette citation lui vient d’un apôtre (vv. #Jude 17-18).

 

Puisque Jude ne parle jamais de la destruction de Jérusalem survenue en 70 apr. J.-C., bien qu’il ait très probablement rédigé son épître après 2 Pierre (environ 68-70 apr. J.-C.), il faut conclure qu’il l’a écrite avant la destruction de la ville sainte. S’il est avéré que Jude a effectué des voyages missionnaires avec d’autres frères et leur épouse (#1Co 9:5), il a très probablement composé son épître à Jérusalem. L’identité précise des croyants auxquels il s’adressait est inconnue, mais les illustrations dont il se sert permettent de supposer qu’il s’agissait de Juifs. Il est clair que sa lettre était destinée à une région infestée de faux docteurs.

     Jude avait d’abord rejeté la messianité de Jésus (#Jn 7:1-9), mais à l’instar d’autres demi-frères du Seigneur, il s’est converti suite à sa résurrection (#Ac 1:14). La relation de l’auteur avec Christ, sa qualité de témoin oculaire de la résurrection et le contenu de son épître ont permis à ce texte d’être reconnu comme inspiré, et il était inclus, à ce titre, dans le canon de Muratori (170 apr. J.-C.). Les doutes néanmoins émis au début sur sa canonicité donnent à penser qu’il a été rédigé après 2 Pierre. En effet, si c’était Pierre qui avait cité l’épître de Jude, il l’aurait couronnée du sceau apostolique, et l’on n’aurait pas remis en question sa canonicité. Clément de Rome (environ 96 apr. J.-C.) et Clément d’Alexandrie (environ 200 apr. J.-C.) font aussi allusion à l’authenticité du texte de Jude. Il n’est donc pas légitime d’émettre des doutes sur sa canonicité, et si cela a été un temps le cas, c’est à cause de sa brièveté et du fait qu’il cite des écrits non inspirés.

 

Contexte et arrière-plan

 

       Jude a vécu à une époque où le christianisme subissait de graves attaques de la part de Rome, pour des raisons politiques. Les plus redoutables, cependant, provenaient des apostats et des libertins de type gnostique, qui assuraient à leurs fausses doctrines une grande diffusion, donnant ainsi naissance à un grand nombre d’hérésies. Cela annonçait probablement le gnosticisme qui allait connaître une grande ampleur et auquel l’apôtre Jean allait devoir s’opposer, 25 ans plus tard, dans ses épîtres. À part Jean, qui était encore en vie à la fin de ce siècle, tous les autres apôtres étaient morts martyrs, et l’on estimait le christianisme très vulnérable. C’est ainsi que Jude appela l’Église à se battre pour que la vérité triomphe d’une guerre spirituelle intense.

 

Thèmes historiques et théologiques

     Jude est le seul livre du N.T. qui se consacre exclusivement au combat contre l’apostasie. Ce terme désigne les écarts, souvent graves, par rapport à la vraie foi biblique (vv. #Jude 3, #Jude 17). Les apostats sont décrits par ailleurs en #2Th 2:10 ; #Hé 10:29 ; #2P 2:1-22 ; #1Jn 2:18-23. Jude a écrit pour condamner les apostats et pour pousser les croyants à défendre la foi. Il appelait l’Église à exercer son discernement et à garder une ligne rigoureuse en faveur de la vérité biblique. En cela, il suivait l’exemple de ses prédécesseurs:

1° Christ (#Mt 7:15ss; #Mt 16:6-12 ; #Mt 24: 11ss; #Ap 2 ; #Ap 3);

2° Paul (#Ac 20:29-30 ; #1Ti 4:1 ; #2Ti 3:1-5 ; #2Ti 4:3-4);

3° Pierre (#2P 2:1-2 ; #2P 3:3-4);

4° Jean (#Jn 4:1-6 ; #2Jn 6-11).

 

       Jude contient un grand nombre d’illustrations historiques tirées de l’A.T., notamment:

1° l’exode (v. #Jude 5);

2° la rébellion de Satan (v. #Jude 6);

3° Sodome et Gomorrhe (v. #Jude 7);

4° la mort de Moïse (v. #Jude 9);

5° Caïn (v. #Jude 11);

6° Balaam (v. #Jude 11);

7° Koré (v. #Jude 11);

8° Hénoc (vv. #Jude 14-15);

9° Adam (v. #Jude 14).

     Jude brosse un portrait vivant des apostats du point de vue de leur personnalité et de leurs activités scandaleuses (vv. #Jude 4, #Jude 8, #Jude 10, #Jude 16, #Jude 18-19). Il emprunte des images de la nature pour illustrer la futilité de leurs enseignements (vv. #Jude 12-13). Il ne s’attache jamais à contester le contenu de leurs fausses doctrines; il lui suffit de dénoncer leur vie personnelle dégénérée et la stérilité de leur ministère: cela en disait assez long sur le caractère hérétique de leurs enseignements, qu’ils s’efforçaient de faire passer pour vérité biblique. L’accent mis sur leur personne reprend un thème permanent en lien avec les faux docteurs: la corruption de leur vie personnelle. Malgré le caractère intelligent, subtil, séduisant et trompeur de leurs enseignements, qu’ils présentaient sous les formes les plus variées, il suffisait pour les reconnaître de regarder derrière leur masque spirituel et de découvrir ainsi la dépravation de leur vie (#2P 2:10, #2P 2:12, #2P 2:18-19).

 

Questions d’interprétation

 

       Puisque aucun point de doctrine n’est discuté ici, la difficulté de cette épître tient à son interprétation, qui doit suivre le protocole habituel pour comprendre le sens exact du texte. Il est vrai que, pour appuyer ses thèses, Jude cite des passages tirés de sources non canoniques et pseudépigraphiques (c’est-à-dire que leur auteur réel n’est pas celui qui est mentionné), telles que 1 Hénoc (v. #Jude 14) et l’Assomption de Moïse (v. #Jude 9). Doit-on lui en tenir rigueur? Puisque Jude écrivait sous l’inspiration du Saint-Esprit (#2Ti 3:16 ; #2P 1:20-21) et qu’il a intégré à son texte des références qui sont exactes et vraies, sa manière de faire ne diffère en rien de celle de Paul (cf. #Ac 17: 28 ; #1Co 15: 33 ; #Tit 1:12).

 

Plan

 

I. Les désirs de Jude (1-2)

II. Une déclaration de guerre contre les apostats (3-4)

III. La condamnation à venir des apostats (5-7)

IV. Une dénonciation des apostats (8-16)

V. Les moyens de défense contre les apostats (17-23)

VI. La doxologie de Jude (24-25)

 

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