Ninive

17/02/2020 15:34

Ninive. Dans la Bible cette ville est connue principalement comme la capitale de l’empire assyrien. Ninive était l’une des plus grandes villes de l’antiquité. Sa chute spectaculaire est le grand thème de la prophétie de Nahoum.

      La ville de Ninive. D’après les observations de A. H. Layard datées de 1845, la muraille ouest de la ville mesurait 4 1/2 km, la muraille nord 2 1/3 km, la muraille sud 1 km et celle à l’est 5 km. À l’intérieur de cette enceinte, qui couvre une superficie de quelque 9000 ha., on distingue deux tells : Kouyoundjik (= tell de beaucoup de moutons) et Nebi Yunus (= du prophète Jonas). Pour ce dernier, la tradition prétend que Jonas y a été enterré. Un petit affluent du Tigre, le Khosr, coule encore à travers les ruines de la ville et entre les deux tells.

« Ninive, la grande ville. » La Bible (#Jon 1:2) parle aussi de Ninive, la grande ville, « de trois jours de marche » (#Jon 3:3). En #Ge 10:12, nous lisons qu’Assour « bâtit Ninive, Rehoboth, Kalah et Resen entre Ninive et Kalah ; c’est la grande ville ». Cette expression semble indiquer que « Ninive, la grande ville » englobait toute une région, comme Paris aujourd’hui. André Parrot l’appelle à juste titre le « triangle de Ninive ». En effet, ce triangle couvre une superficie de quelque 1000 km2. À la pointe sud, le grand Zab se jette dans le Tigre (voir la carte). Dans cette région, géographes et archéologues ont découvert plusieurs villes importantes dont 3 ont été fouillées de manière intensive. Leurs palais royaux comprennent un centre administratif important (voir la carte). C’est peut-être de ce grand Ninive que parlait l’historien grec Diodore de Sicile en 100 avant Jésus-Christ : il racontait que le périmètre du rempart avait environ 96 km de longueur. Quoiqu’il en soit, tous les rois assyriens n’ont pas adopté la ville de Ninive comme capitale, mais beaucoup l’ont fait.

      Nous verrons d’abord ce qui concerne la ville de Ninive proprement dite (archéologues, fouilles, histoire, découvertes importantes) puis ce qui se rapporte aux deux autres sites environnants, aux temps et aux personnages mentionnés dans la Bible en relation avec Ninive.

      Archéologues. Comme dit plus haut, Ninive était entourée d’une muraille d’environ 12 km de long. Aujourd’hui, elle comporte surtout deux tells : le plus grand, Kouyoundjik a été fouillé en premier par Paul Emile Rich (France), en 1842, mais ces fouilles n’ont pas donné de fruits visibles et la ville n’a pas été identifiée. En 1845 A. H. Layard (Grande Bretagne) a fouillé le site, mais il n’a pas non plus trouvé grand-chose. En 1852, Victor Place (France) et Rawlinson (Grande Bretahne) (celui qui copia l’inscription du Rocher de Béhistoun, voir Archéologie : Origines de l’archéologie biblique) signèrent un accord selon lequel le nord du tell serait fouillé par les Français et le sud par les Anglais. Cependant, le délégué anglais, H. Rassam, un Chaldéen de la région, tricha en travaillant parfois clandestinement la nuit : il emporta les plus précieuses découvertes. Ces premiers archéologues furent suivis de bien d’autres : George Smith, E. W. Budge, L. W. King et Campbell Thompson qui travailla sur le site de 1927 à 1932.

   Histoire de Ninive. Les fouilles effectuées ont révélé que la première ville du site, à quelque 28 m de profondeur, date de 4000 à 5000 avant Jésus-Christ (#Ge 10:11). Vers 2290 Manishtusu, fils de Sharrukin (Sargon d’Akkad) a construit un temple voué à Ishtar, déesse de l’amour et de la guerre (voir Divinités païennes) et ensuite un sanctuaire consacré au dieu Nabou (dieu de l’écriture). Disons en passant que les découvertes à Ninive ont abondamment confirmé que la guerre et l’écriture ont toujours été les buts premiers des Assyriens. Enfin plusieurs palais ont été mis à jour. Les deux plus importants ont été construits, d’une part, par Sennachérib (704-681), (qui a envahi Juda au temps du roi Ézéchias), d’autre part par Assourbanipal (668-631), l’un des derniers rois assyriens.

      Il serait impossible d’énumérer tout ce que les archéologues ont mis au jour à Ninive. Le palais de Sennachérib était d’une magnificence incomparable, d’abord par sa grandeur (plus de 70 pièces spacieuses), mais aussi par sa décoration. De chaque côté d’au moins 25 portes, se dressaient des taureaux androcéphales, pesant chacun de 10 à 30 tonnes. On a estimé que sur environ 3 km, les murs étaient ornés de bas-reliefs. Sennachérib fit amener de l’eau jusqu’au palais par un aqueduc de 50 km de long. Cette eau était captée au nord de Ninive. Cela nous permet de comprendre la fierté du Rabchaqé devant Jérusalem (#2R 18:31,32) et l’inscription sur le bas-relief de Lakich (voir Lakich) : « roi de l’univers » (ou de multitudes). Des documents très importants ont aussi été trouvés, dont le prisme de Tylor qui raconte, probablement dans une édition finale, les 8 campagnes militaires de Sennachérib, notamment son invasion de Juda (#2R 18:13-37 ; voir Ézéchias ; Merodak-Baladân).

      C’est du palais d’Assourbanipal (l’Osnappar d’#Esd 4:10) qu’est sortie la bibliothèque, qu’a fait copier ce roi littéraire (quelque 100 000 tablettes). Parmi celles-ci se trouvent la fameuse épopée de Gilgamesh, qui contient un récit du déluge biblique ainsi que les « 7 tablettes de la création » ou « Enuma Élish » (voir Déluge, Assourbanipal). Dans ce palais, Rassam découvrit les fameux bas-reliefs présentant la chasse aux lions. L’art assyrien y est à son apogée (voir Lion) et les visiteurs du British Museum à Londres peuvent encore aujourd’hui le constater en admirant ces chefs-d’œuvre.

      Le tell de Nebi Yunus a été très peu exploré, car il est toujours habité. Il se dresse à 33 m au-dessus du Tigre. Ses stratifications doivent contenir au moins un palais  —  peut-être celui d’Esar-Haddon, fils et successeur de Sennachérib.

      Toute la gloire de cette ville séculaire a disparu, car les Mèdes et les Babyloniens ont mis fin à son histoire prodigieuse en la prenant d’assaut en août 612 avant Jésus-Christ. Ninive ne s’en est jamais relevée. Nahoum le prophète avait prédit sa chute : « Il n’y a point de remède à ta blessure, ta plaie est mortelle. » (#Na 3:19). Ainsi c’en était fait de Ninive.

 

« Ninive, la grande ville. »

a) Dur-Sharrukin. À environ 16 km au nord de Ninive se trouve le village de Khorsabad, qui était appelé Dur-Sharrukin (= la forteresse de Sargon) à l’époque des Assyriens. Paul-Émile Botta, consul français à Mossul en 1842, ne trouvant alors rien d’important à l’intérieur de l’enceinte de Ninive (tell de Kouyoundjik), a commencé à fouiller Dur-Sharrukin, tout en croyant que Dur-Sharrukin était Ninive. Plus tard, les successeurs de Botta ont réalisé qu’ils s’étaient trompés d’endroit, mais cela ne les a nullement empêchés de trouver un butin archéologique énorme dans le palais de Sargon II (721-705 avant Jésus-Christ). Par la suite, ce trésor fut exposé au Musée du Louvre. Il s’agit du premier lot de trésors assyriens arrivé en Europe. En 1849 et 1859, 5 volumes présentant 400 planches de ces trésors ont été publiés à Paris. Seulement, on appelait encore le site Ninive.

      Les annales militaires de Sargon II ont été trouvées parmi les différentes inscriptions de cet énorme palais, construit en l’espace de 6 ans mais jamais terminé. Il y est question de 27 290 déportés de Samarie. Salmanasar V avait commencé le siège de Samarie (#2R 18:10)  —  la capitale du royaume d’Israël  —  mais c’est Sargon II qui l’a prise et qui en a déporté les habitants (VII) (721-722 avant Jésus-Christ). Un autre document important a été trouvé à Dur-Shurrukin : il s’agit d’une liste des rois assyriens qui comprend pour certains d’entre eux la longueur de leur règne.

b) Kalah (appelé Nimrud aujourd’hui) : Kalah se trouve à environ 40 km au sud-est de la ville de Ninive, presque à la pointe du triangle de « Ninive, la grande ville ». Il s’agit d’une ville biblique mise en rapport avec Ninive dans #Ge 10:12, et qui est devenue la capitale de différent rois assyriens. Ce site, d’une superficie de plus de 40 km2, pouvant abriter 60 000 habitants, a été fouillé d’abord par Layard (1845-1848) puis, un siècle plus tard, par M. E. L. Mallowan (1949-1961). Un grand nombre de stèles gravées, de sculptures  —  signes d’une richesse inouïe  —  ont été mis au jour. Vers 880 avant Jésus-Christ, l’un des rois qui demeurait à Kalah, Assour-nasir-pal II décrit un banquet de 10 jours où furent rassemblés 69 574 Ninivites. À cette occasion, 2200 bœufs, 16 000 moutons furent mangés, et l’on but 10 000 outres de vin et 10 000 « tonneaux » de bière !

      Salmanasar III (858-824), le fils d’Assour-nasir-pal II, construisit un nouveau palais où fut découvert, en 1846, le fameux Obélisque noir (Voir ce mot). Cette stèle assyrienne porte le nom (et la sculpture) d’un personnage biblique : Jéhu roi d’Israël, (voir Jéhu). D’autres inscriptions parlent de la bataille de Qarqar (854 avant Jésus-Christ) et des forces considérables que le roi Achab a fournies en s’opposant, avec d’autres rois de la coalition, aux Assyriens (voir Achab).

      D’autres détails se rapportent à la Bible : Tiglath-Piléser III (745-727) et Sargon II (721-705) ont lancé leurs attaques victorieuses contre Israël depuis Kalah. Après la prise de la ville de Samarie, Sargon II y a stocké le butin. La « Mona Lisa » de l’antiquité a été découverte parmi différents objets d’ivoire sculpté. À l’origine, elle était plaquée d’or. Ce motif, appelé souvent « La femme à la fenêtre », a été sculpté bien des fois et a été trouvé dans plusieurs sites du monde biblique. Les deux dessins ci-contre, deux ivoires, font penser à Jézabel, femme d’Achab, d’abord parce que les traits des visages sont phéniciens, ensuite parce que les lèvres étaient, semble-t-il, peintes en rouge. Cependant #2R 9:30 ne parle que du fard aux yeux.

Kalah tomba apparemment aux mains des Mèdes et des Babyloniens en même temps que Ninive (612 avant Jésus-Christ).

      Autres sites du grand Ninive. La ville de Ninive englobait aussi d’autres cités alentour. Yarimdja a déterminé l’emplacement de l’une d’elles, au bord du Tigre, immédiatement au sud de Ninive. En amont, à 4 1/2 km il y avait Tarbisu, près du Tigre. À plus de 11 km au sud-est de Dur-Shurrukin, au pied des monts orientaux, se trouve, près de Baasheihah, une autre ville importante mais dont le nom est inconnu. Au sud, à 10 km, Virtelleh marque probablement l’emplacement d’une ville ancienne. Keremlis, à 5 km de là, au sud est sur l’emplacement d’une ville ancienne. Enfin, à plus de 10 km au sud on trouve Im-gurbel (Balawat) dont Assourbanipal aurait orné le palais et le temple. Ce lieu est à 14 km au nord-est de Kalah. D’autres villes et des villages parsemaient ce fameux triangle de Ninive. Sans doute, Rehoboth et Resen appartiennent à cette région, mais les archéologues n’ont pas encore pu identifier leurs sites.

      Avant les temps bibliques Assour (d’où vient le nom de l’Assyrie), était une ville puissante, en dehors du triangle de Ninive. Rassam puis d’autres l’ont passablement fouillée. Assour se trouve à 100 km au sud de Ninive sur la rive ouest du Tigre.

 

https://cms.dieu-avant-tout-com.webnode.fr/