Pseudépigraphes

20/06/2017 11:02

Pseudépigraphes. On appelle pseudépigraphes certains écrits religieux juifs et chrétiens, parus généralement entre 150 avant Jésus-Christ et 200 après Jésus-Christ, dont on ne connaît en principe pas l’auteur  —  d’où le terme pseudépigraphe. Il existe des livres pseudépigraphes de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament.

 

      Afin de cerner tout le problème de la classification de l’ensemble des livres religieux juifs et les termes qui les désignent, nous présentons ceux-ci sur les tableaux qui suivent. Ils groupent les différents types de livres et sont présentés grosso modo par ordre chronologique.

 

      La distinction entre les apocryphes du Nouveau Testament et les pseudépigraphes du Nouveau Testament n’est pas toujours très clairement faite. Nous entendons par apocryphes du Nouveau Testament les livres que quelques Églises primitives ont parfois acceptés (à tort) pendant quelque temps comme canoniques, mais qui les ont rejetés par la suite. Sous le terme de pseudépigraphes, nous comprenons des dizaines d’écrits, plutôt ésotériques et du genre littéraire apocalyptique qui, souvent, se réclamaient d’un auteur biblique antique, mort depuis plusieurs siècles, voire plus d’un millénaire ; les apocryphes étaient considérés comme de bons livres et c’est pour cette raison que certaines Églises locales primitives les ont parfois confondus avec les livres canoniques. Les pseudépigraphes, par contre, n’étaient acceptés comme inspirés que par des groupes plutôt hérétiques : docétistes, gnostiques et autres.

 

      Le nombre des apocryphes et des pseudépigraphes varie selon les exégètes. Quelques apocryphes dans la liste ci-dessous sont considérés par d’autres comme pseudépigraphes. La distinction est, en effet, parfois difficile. Sont considérés par la plupart des théologient comme apocryphes du Nouveau Testament :

 

1. L’épître de (pseudo)-Barnabas (70-79 après Jésus-Christ)

2. La première épître de Clément aux Corinthiens (96 après Jésus-Christ)

3. La deuxième épître, dite de Clément

4. Le Pasteur d’Hermas (115-140 après Jésus-Christ)

5. La Didaché (enseignement des Douze, 100-120 après Jésus-Christ)

6. L’Apocalypse de Pierre (150 après Jésus-Christ)

7. Les Actes de Paul et de Thécla (170 après Jésus-Christ)

8. L’épître aux Laodiciens (fin du 2e siècle ?)

9. L’évangile selon les Hébreux (65-100 après Jésus-Christ)

10. L’épître de Polycarpe aux Philippiens (108 après Jésus-Christ)

11. Les 7 épîtres d’Ignace d’Antioche (110 après Jésus-Christ)

 

 

      Liste de pseudépigraphes de l’Ancien Testament les mieux connus :

 

A. Légendaires :

1. Le livre des Jubilés

2. La lettre d’Aristée (voir développement plus loin)

3. Le martyre d’Ésaïe

4. La vie d’Adam et d’Ève (ou Apocalypse de Moïse)

 

 

 

      La Lettre d’Aristée. L’auteur se présente comme un haut dignitaire de la cour d’Égypte, et comme un païen. Il écrit à un ami (Philocrate) pour lui raconter l’origine de la version grecque de la Bible (Septante) :

 

      Le roi Ptolémée II Philadelphe écrit au grand prêtre Éléazar pour obtenir une traduction de la Loi des Juifs. Éléazar dépêche à Ptolémée 72 docteurs (6 de chaque tribu). Après avoir subjugué le roi par leur sagesse au cours d’un banquet à la cour, les docteurs sont installés dans l’île de Pharos et se mettent au travail. Ils travaillent 8 heures par jour, tandis que Démétrios de Phalère, conservateur de la célèbre bibliothèque d’Alexandrie, consigne par écrit la traduction de la Bible sur laquelle les 72 docteurs réalisent un complet accord. La tâche est terminée au bout de 72 jours.

 

      Ce récit est légendaire. Il ne peut provenir d’un païen, car la Loi y est grandement glorifiée. Il n’a certainement pas été rédigé au début du IIIe siècle avant Jésus-Christ, car l’auteur commet sur le temps de Ptolémée II de graves erreurs. Les détails qu’il donne sur la Palestine laissent conjecturer qu’il vivait vers l’an 100 avant Jésus-Christ, de toute manière avant Philon et Josèphe, puisque ces derniers ont repris sa légende.

 

B. Apocalyptiques :

 

1. I Hénoch

2. Les Testaments des 12 Patriarches

3. L’Assomption de Moïse

4. Les Livres (ou Oracles) sibyllins

5. II Hénoch (ou les livres de secrets d’Hénoch)

6. II Baruch (ou Apocalypse de Baruch)

7. IV Esdras (ou Apocalypse d’Esdras) (en syriaque)

8. III Baruch (ou Apocalypse [grecque] de Baruch)

 

C. Didactiques :

 

1. III Maccabées

2. IV Maccabées

      4e livre des Maccabées. Œuvre didactique. Sorte de dissertation philosophique destinée à montrer la supériorité de la raison sur les passions. L’argumentation se fonde sur l’histoire juive. L’auteur reprend surtout le récit donné par #/APCJ 2Ma 6$-7$ (martyre d’Éleazar et celui de la mère avec ses 7 fils), en le développant considérablement. Les 5/6 de l’ouvrage sont consacrés à ce récit. De là le nom de 4e Maccabées.

 

      Ce livre a été écrit en grec, mais s’adresse aux Juifs. Son auteur prêche l’obéissance à la Loi. Il croit à la survivance de l’âme ; il paraît antérieur à 70 après Jésus-Christ, et dut vivre en Égypte. L’attribution souvent faite à Josèphe de l’origine de ce livre (Eusèbe) est certainement erronée. Le style de Josèphe est différent de celui du 4e livre des Maccabées. Ce dernier se fonde d’ailleurs sur 2 Maccabées que Josèphe n’a pas connu. Son auteur fut un Juif hellénisé qui écrivit postérieurement à 2 Maccabées, probablement entre les années 30 et 50 après Jésus-Christ.

 

D. Poétiques :

 

1. Les Psaumes de Salomon (voir développement plus loin)

2. Le Psaume 151

3. Les Odes de Salomon

 

 

 

      Les Psaumes de Salomon. Ils sont au nombre de 18. Ils sont composés d’après les règles du parallélisme hébreu. Ils paraissent devoir être attribués à un même poète. Son zèle pour l’observation de la Loi, son attitude hostile à la dynastie hasmonéenne, ses espérances messianiques permettent de voir en celui-ci un pur pharisien. Il semble avoir été poussé à écrire par l’affront brutal infligé à son peuple par Pompée qui, en 63 avant Jésus-Christ, s’empara de Jérusalem et profana le Temple.

 

      On a voulu assigner à ce recueil une date plus ancienne en voyant dans l’homme maudit que stigmatise le poète, non pas Pompée, mais Antiochus Épiphane. Les mauvais rois seraient alors, non les Hasmonéens, mais les Séleucides. Mais cette hypothèse s’éloigne des données de l’ouvrage et semble fausser l’interprétation. L’opinion la plus vraisemblable est celle qui place la composition peu après 63, ou encore, après la mort de Pompée survenue en 48 avant Jésus-Christ.

 

      Ces 18 psaumes, sauf le 1er, portent une suscription, avec le nom de Salomon. Écrits en grec, tout indique qu’ils ont été traduits d’un original hébreu. Leur temps de composition suffit à écarter toute origine salomonienne. Ce Pseudépigraphe avait complètement disparu lorsque, vers le début du XVIIe siècle, un manuscrit en fut retrouvé et publié. L’attention fut plus vivement attirée sur ce recueil par la découverte récente d’un ouvrage analogue, mais de date sans doute plus tardive, les Odes de Salomon. Il s’agit là d’un recueil de cantiques et de prières ; 14 morceaux (7 empruntés à l’Ancien Testament, 3 aux apocryphes, et 3 au Nouveau Testament, le dernier étant une composition indépendante : action de grâces et prière à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit). On le trouve dans quelques manuscrits (Alexandrinus) et éditions des Septante (Swete).

E. Historiques :

 

1. III Esdras

2. Document de Damas (ou fragment d’un document sadoquite)

 

 

 

      À cette liste, certains ajouteraient quelques écrits de Qumrân :

 

-Règle de la Communauté

-Commentaire d’Habaquq

-Guerre des fils de lumière contre les fils de ténèbres

 

 

      Liste des pseudépigraphes du Nouveau Testament

 

A. Évangiles :

 

-de Thomas (gnostique) (1er siècle)

-des Ebionites (ou des 12 apôtres) (2e siècle)

-de Pierre (docétiste, gnostique) (2e siècle)

-Protévangile de Jacques (2e siècle)

-selon les Égyptiens (fragmentaire : 2e siècle)

-de Barnabas ;

-de Barthélémy,

-d’André ;

-de Philippe ;

-de Matthieu ;

-de Nicodème ;

-de Joseph le charpentier (4e siècle) ; etc.

 

B. Actes :

-de Pierre (2e siècle)

-de Jean (2e siècle)

-d’André

-de Thomas

-de Paul ;

-de Matthias ;

-de Philippe ;

-de Thaddée ; etc.

 

C. Épîtres :

 

-de notre Seigneur

-l’épître perdue des Corinthiens (#1Co 5:9)

-6 épîtres de Paul à Sénèque (4e siècle)

 

D. Apocalypses :

 

-de Paul

-de Thomas

-d’Étienne

-la Sybille chrétienne (livres 1, 2, 6, 7, 8, 11, 12, 13, 14, des Oracles sybillins)

 

      De temps en temps, quelques savants profanes saisissent l’un ou l’autre ou plusieurs de ces pseudépigraphes et crient haut et fort que pendant des siècles l’Église a caché la vérité et le vrai Évangile à ses membres, les tenant dans une ignorance inadmissible. Il n’en est rien. Cette littérature était connue et lue dans l’Église primitive, mais elle fut rejetée comme non inspirée du Saint-Esprit. Aujourd’hui, nous acceptons cette décision entérinée finalement au début du 5e siècle et nous reconnaissons avec l’Église d’autrefois que seuls les 27 livres sont canoniques.

 

      Disons en passant que certaines traditions (que l’Église catholique maintient encore) se trouvent dans cette littérature pseudépigraphe, telles que : les noms des parents de la Vierge Marie ; l’histoire du bœuf et de l’âne dans l’étable où naquit Jésus ; la naissance de Jésus dans une grotte, etc. Voir Apocryphe ; Canon ; Midrash ; Mishna ; Talmud ; Targums ; Ancien Testament ; Nouveau Testament 

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