Le service dans l’Ancien Testament. La racine hébraïque des mots serviteur ou esclave (’abhad) signifie : travailler, peiner, donc : servir quelqu’un par son travail. Ces mots s’appliquaient aussi à l’état de sujétion en général, un état que tout homme cherche à éviter.
Dans l’Ancien Testament, la relation serviteur-maître caractérise surtout celle de l’Israélite avec Dieu. Se reconnaître serviteur de l’Éternel équivalait à l’adorer (cf. #Ps 34:22; 89:40; 90:13,16; 102:28). C’était affirmer son entière dépendance de lui : « Voici, comme les yeux des serviteurs sont fixés sur la main de leurs maîtres … ainsi nos yeux se tournent vers l’Éternel notre Dieu » (#Ps 123:2). C’est pourquoi le mot service a essentiellement une signification cultuelle.
Il est utilisé pour l’office des prêtres dans le Temple. La COLOMBE traduit toujours l’expression « servir Dieu » par « rendre un culte ». C’est la vocation d’Israël de servir l’Éternel (#Ex 4:23) avec joie (#Ps 100:2), ayant été libéré par lui de l’esclavage des hommes en Égypte (#Ex 20:2). Son péché le plus grave est de « servir d’autres dieux » (#Ex 23:33 ; #2R 17:12 ; #Jér 5:19). Les sacrifices du Temple sont l’expression de ce service (#Ex 29:1 ; #1S 2:18).
Il est cependant significatif que l’Ancien Testament ne demande jamais aux croyants d’être serviteurs les uns des autres. Les mots de la famille de diakonia (le mot spécifique du service dans le Nouveau Testament) n’apparaissent presque jamais dans l’Ancien Testament grec : la Septante n’utilise jamais le verbe diakoneô, presque jamais diakonia (seulement dans #/APCJ 1Ma 11:58 et #Est 6:3) et seulement sept fois le nom diakonos pour désigner des serviteurs à la cour du roi. C’était un déshonneur pour les Juifs d’être au service de quelqu’un d’autre. Dans le monde grec, le service était encore plus méprisé, c’était un abaissement indigne d’un homme libre : « Comment un homme serait-il heureux, demande Platon, s’il devait servir quelqu’un ? »
L’Ancien Testament avait déjà annoncé que, puisque le peuple élu a manqué à sa vocation de serviteur de l’Éternel (#Esa 42:19), Dieu appellerait quelqu’un pour remplir cet office. C’est le thème des quatre « chants du Serviteur » que nous trouvons dans #Esa 42:1-4; 49:1-6; 50:4-9; 52:13-53:12. Choisi par le Seigneur et revêtu de son Esprit (#Esa 42:1; 49:1), il est enseigné et fortifié par lui (#Esa 49:2,5; 50:4). Mais il est faible et méprisé, doux et humble (#Esa 42:2-3), exposé à des souffrances et des moqueries (#Esa 52:14; 53:1-9). Malgré cela, il place sa confiance dans le Seigneur (#Esa 49:4; 50:8-9), il lui obéit (#Esa 50:4-5) et remporte ainsi la victoire (#Esa 42:4; 50:8-9). Il est donc le modèle idéal du serviteur de Dieu.
Jésus a été ce Serviteur qui a réalisé en tous points cette prophétie (#Mt 20:28 ; #Lu 22:27) : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert (ho diakonôn) ». C’est pourquoi il a aussi pu demander à ses disciples : « Celui qui voudra devenir grand parmi vous, prendra la place d’un serviteur, et s’il veut être à la tête des autres, qu’il soit prêt à être l’esclave de tous » (#Mr 10:43-44). Cette parole est si révolutionnaire et si importante pour le peuple de la nouvelle alliance qu’elle est répétée six fois sous différentes formes dans les évangiles synoptiques (#Mr 10:43 et suivant ; #Mt 20:26 ; #Lu 22:26 ; #Mr 9:35 ; #Lu 9:48 ; #Mt 23:11) ; elle est motivée par l’exemple de Jésus (#Mr 10:45 ; #Lu 22:27) qui s’est abaissé au rang de serviteur (#Ph 2:6-8) pour que nous ayons en nous les mêmes sentiments que lui (#Ph 2:5) ; il nous a laissé un exemple pour que nous suivions ses traces (#1P 2:21), c’est-à-dire que nous devenions, à notre tour, serviteurs de Dieu et de notre prochain.
La notion de diaconie. Le service chrétien s’exprime dans le Nouveau Testament par les mots de la famille de diakonos, le serviteur. Dans la littérature profane, ce mot désignait d’abord ceux qui s’occupaient des tâches domestiques puis, dans un sens élargi, tous ceux qui servaient. Le mot diacre s’appliquait aussi au service accompli par un homme libre en faveur d’une cause commune (Platon, La République) ou d’une divinité (dans les repas cultuels par exemple).
Dans la littérature judaïque grecque (Philon, Josèphe) le mot diakonos désigne ceux qui gèrent les aumônes ou s’occupent des pauvres. Les synagogues de la Diaspora avaient un Conseil de sept hommes chargés de la diaconie, dont le Hazzan (hupêretês #Lu 4:20) qui collectait les aumônes. Le Nouveau Testament utilise trois mots de la même famille :
1) Le verbe servir (diakoneô, trente-sept fois) est utilisé dans des sens différents ; il signifie servir aux tables (#Mr 1:31 ; #Lu 10:40; 17:8 ; #Ac 6:2, etc.), pourvoir aux besoins d’une personne (#Mt 4:11; 25:44 ; #Mr 15:41 ; #Lu 8:3), accomplir des services dans une assemblée (#2Ti 1:18 ; #Hé 6:10 ; #1P 4:10-11). Paul emploie ce verbe en rapport avec la collecte pour les chrétiens de Jérusalem (#Ro 15:25 ; #2Co 8:19). Il est aussi utilisé pour parler de différents services spirituels comme l’annonce de la Parole de Dieu (#2Co 3:3; 11:8 ; #1P 1:12). « Le terme diakoneô désigne toutes les formes du ministère, de l’apostolat au dernier échelon de l’échelle hiérarchique (par exemple : #Ac 1:25 ; #1Co 3:5) ».
Jésus lui-même est venu pour servir (#Mr 10:45 ; #Lu 12:37), son disciple doit le suivre sur cette voie (#Lu 22:26-27 ; #Jn 12:25-26). Même là où la traduction n’a pas retenu le terme de servir, l’original des versets indiqués emploie diakonéô.
2) Le nom service (diakonia, trente-quatre fois) s’emploie également pour le service des tables (#Lu 10:40 ; #Ac 6:1), pour la collecte (#Ac 11:29; 12:25 ; #Ro 15:31 ; #2Co 8:4; 9:1,12-13), pour le service des saints (#1Co 16:15 ; #Ap 2:19), pour l’annonce de la Parole (#2Ti 4:11 ; #Ac 6:4) ; Paul parle du « diaconat reçu du Seigneur Jésus d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu » (#Ac 20:24) et du « ministère » en général, puisque le mot ministère n’est qu’une autre traduction de diakonia (#Ac 1:17; 21:19 ; #Ro 11:13 ; #2Co 3:6; 4:1; 5:18; 6:3; 11:8 ; #Ep 4:12 ; #Col 4:17 ; #2Ti 4:5,11 ; #1P 4:11).
3) Le mot serviteur (diakonos, trente fois) désigne, comme dans le grec profane, celui qui sert à table (#Mt 22:13 ; #Jn 2:5,9) ou le serviteur en général (#Mt 20:26). Dans les écrits de l’apôtre Paul, le mot a généralement un sens spécifiquement chrétien : serviteur de la nouvelle alliance (#2Co 3:6), de la justice (#2Co 11:15), de Christ (#2Co 11:23 ; #Col 1:7 ; #1Ti 4:6), de Dieu (#2Co 6:4 de l’Évangile #Ep 3:7 ; #Col 1:23), de l’Église (#Col 1:25). Il désigne aussi ceux qui l’assistent dans son service, par exemple Tychique (#Ep 6:21 ; #Col 4:7).
Le mot diakonos est également utilisé dans un sens plus restreint pour une catégorie spéciale de serviteurs dans l’Église à côté des épiscopes (évêques) : dans l’adresse de l’épître aux Philippiens, Paul salue spécialement les évêques et les diacres (#Ph 1:1), il parle aux Romains de Phoebé, diaconesse de l’Église de Cenchrées (#Ro 16:1) et indique à Timothée les conditions requises par ceux qui doivent être institués dans cette fonction (#1Ti 3:8,10; 12-13). C’est dans ce sens restreint que les Pères apostoliques utilisent le mot (1 Clément 42.1 et suivants ; Ignace : Magn. 2.1 ; 6.1 ; Trall. 3.1).
En résumé, comme le note H. W. Beyer, les mots de la famille de diakonos s’appliquent à des gens qui servent
1. un repas,
2. un maître,
3. une puissance spirituelle (bonne ou mauvaise),
4. Dieu,
5. l’Église.
Qui est diacre ? En un sens, tous les chrétiens sont diacres : « diacres de Christ » (#Jn 12:26) et « diacres de tous » (#Mt 20:26 ; #Mr 9:35; 10:43), puisque nous devons, tous, mettre au service des autres le don que nous avons reçu (#1P 4:10) et que chacun a reçu un don (#1Co 12:7 ; #Ep 4:7).
Tous les ministères de la nouvelle alliance sont des « diaconies », il y a simplement spécialisation des services suivant les dons reçus : les uns servent par la parole, les autres par d’autres moyens. Les apôtres se sont donné à eux-mêmes le titre de diacres (#1Co 3:5 ; #2Co 3:6 ; #Ep 3:7 ; #Col 1:23 ; #1Ti 1:12), ils ont appelé ainsi Épaphras (#Col 1:7), Timothée (#1Th 3:2 ; #1Ti 4:6), Marc (#2Ti 4:11). Si l’on peut être appelé à la fois apôtre et diacre, évangéliste et diacre, on peut aussi être ancien (ou évêque) et diacre. L’épiscopat (la surveillance du troupeau) n’est qu’un « diaconat » particulier parmi les autres. Autrement dit : l’évêque est un diacre, un serviteur dont le diaconat consiste dans la supervision de la marche de l’Église et des besoins du troupeau. Voir Diacre.
Le substantif service traduit aussi le grec leitourgia = acte cultuel, offrande, libation ; et parfois latreia = le culte, vu comme un service rendu à Dieu (#Ro 9:4; 12:1 ; #Hé 9:1,6).
Qu’il s’agisse du service au sens large, ou au sens plus étroit, technique, de l’accomplissement d’un ministère, voire d’un diaconat dans l’Église, ce mot nous rappelle la juste relation, filiale, que nous devons avoir avec Dieu, et fraternelle, que nous devons cultiver avec nos frères. Dans son enseignement (#Lu 22:24-27) de même que par son exemple (#Jn 13:1-17), Jésus insiste sur l’importance d’un esprit de service comme critère de la grandeur véritable dans le royaume de Dieu. Voir Ministère.
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